Fiche de présentation

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ALECHINSKY, Pierre

né le 19 octobre 1927 à Scharbeek,Bruxelles, Belgique, de père juif russe ; 1932-1939, gaucher, devient cancre ; 1943, étudie la clarinette ; 1944-1948, Beaux-arts de La Cambre, Bruxelles ; 1946, découvre le carnaval de Binche ; 1947, peint sur le motif à Douarnenez ; 1949, épouse Micky, fille d'André Dendal* ; 1949-1951, participe au mouvement Cobra* ; en édite la revue, ce qui l'absorbe largement ; il déclare, dans son n° 10, la mort du mouvement ; 1951, se fixe à Paris ; 1952, fréquente à l'atelier Hayter* ; 1955, séjourne au Japon ; 1958, naissance de son fils Nicolas Alquin* ; 1977, premier attributaire du prix Andrew Mellon, de 50 000 dollars ; 1979-1994, vit à New York ; 1983-1987, enseigne aux Beaux-Arts de Paris ; 1984, Grand prix National de peinture ; 1987, commence la céramique ; 1994, docteur honoris causa de l'université libre de Bruxelles ; vit à Bougival, Yvelines, et au Paradou.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : En 1946, Marin, à ce point abstrait* qu'il faut y chercher la figure, et en 1951, il prépare son style. La Femme assise, Les Métiers, (1947) est sous influence de Picasso*, (1948), ces gravures, ont la raideur d'un Lam*. La répétition de verticales touffues, croisées par des horizontales suggère l'inextricable enchevêtrement de la forêt tropicale, Les Hautes Herbes, (1951, Sofidu) ou La Fourmillère, (1954, SMG). Gymnastique matinale, (1949), schématise des figures roses entre ciel et terre ; Entrée de la grotte, (1950), tout en courbes enlaçant des géométries assouplies. La Religieuse portugaise, (1951) est d'un graphisme acéré et du ton narratif que l'on emploie quand on peint sur le motif. Il est loin cependant de s'y cantonner, puisque des toiles comme Espaces, (1950) ou Migration, (1951, MRBABx) le rapproche de l'abstraction* impressionniste. En 1958, sa forêt se mue en entrelacs où pointent, çà et là, des yeux, Montagne regardant, (1955), qui se multiplient dans Soutien de faille, (1960), disposé en arbre généalogique, Le Monde perdu, (1959, MNAM), annonce les labyrinthes sauvages et les plumes d'autruche. Le Vert naissance, (1960, MRBABx), Vous viendrez après la pluie, (1962, CGAM), Le Denier Jour, (1964, KMSKA) de 5 x 4m, et, plus tard, La Jeune Fille et la Mort, (1966), remplis de draps de fantômes avec des masques qui reconnaissent une dette envers Ensor*, ou d'animaux domestiques retournés à la sauvagerie.
La césure intervient en 1965 avec Central Park, (1965) (vu d'avion). Il découvre, à la fois, un graphisme venu du japon, un nouveau matériau, l'acrylique, et une structure faite d'un sujet principal en couleurs entouré de "remarques marginales", dessins accessoires à l'encre de Chine, qui tiennent le rôle de cadres ou simplement de prédelle.,Nord perdu, (2014). C'est proche du Picasso* de Songe et mensonge de Franco, (1937, MPP). Ces "remarques marginales" vont se muer en tableaux à cases et prendre des couleurs, Autant de fenêtres, (1971), (trente-six cases) ou Vocabulaire, (1986, SGM), (trente-deux).
Son graphisme se déroule linéairement, d'où le nombre de rubans, de cibles, de labyrinthes, de serpentins, de reptiles, d'éruptions volcaniques avec leurs coulées de lave qui concourent à peupler une œuvre épique ; il est lové, bouclé, tracé au fil du pinceau avec certaines bavures, certaines hésitations, certaines interruptions qui sauvegardent la vigueur du travail, l'empêchant d'apparaître trop appliqué ; son inspiration se retrouve dans les titres mêmes de ses toiles, Cobra vivant, (1966), ou Cobra transmission, (1968). Son trait est domestiqué, joyeux et mouvant comme une coiffure de Gilles de Binche. Avec cette construction, le regard se porte instinctivement soit sur le sujet, soit, au contraire, sur les bandes d'" anecdotes ", abstraites*. Il abandonne la sauvagerie élémentaire, fougueuse, viscérale de la plupart de ses compagnons ; la force est transmuée en poésie. On imagine l'influence de Pollock*, Guardians of the Secret, (1943, MMSF). La couleur éclate, vive et translucide, touchant à peine le papier qui sera marouflé.
À partir de 1968, il incorpore des documents, factures, anciennes feuilles de comptes, vieux atlas, prospectus d'autrefois, typographies et topographies, qui deviennent les supports des remarques en transparence, et produit comme un " bichromisme " du sujet à cheval sur deux périodes, celle du document et celle du graphisme. Ses noirs et blancs sont en quelque sorte des " gravures " sur toile ou papier, alors que ses grands formats exigent un très large recul pour appréhender la multiplicité des messages.
Dans les années suivantes, il renouvelle son inspiration dans la pérennité d'un style dont il a réuni précédemment tous les ingrédients, Grain de Malaga, (1981, MPA), abordant, par série, des thèmes aussi divers que le bateau ou l'arbre.
À compter de 1985, il estampe le papier d'un cercle ou d'un anneau, conférant à sa composition une dimension cosmique, Arèna, (1984) ou Porte circulaire, (1990). Durant la décennie 90, le sujet central n'est plus qu'allusif, traits suggérant les ondes aquatiques ou la forme de montagne, comme si le graphisme, brusquement, arrêtait de se mouvoir au souffle de l'air, dont la suite de Terrils, (2006), les uns en angle isocèle, les autres en bicorne napoléonien. En 2008, il adopte le tondo et le dessin s'élargit  ; il lui arrive de placer un cercle dans le tondo et de suggérer la reproduction d'une assiette, ou un carré, et c'est une issue, Embrasure, (2009). 
De 1946 datent ses premières estampes, linogravées à titre d'illustration. De 1960 à 1972, il travaille souvent en commun avec Dotremont*; en 1980, douze œuvres avec Gironella* (Reattu).

Expositions : 1947, Lou Cosyn, Bruxelles (P) ; 1948, Maeght, Paris (G) ; 1954, Scharz, Milan (G), et Nina Dausset, Paris (P) ; 1955, Nabis, Tokyo (P) ; 1992, 2015, Lelong, Paris (P).

Rétrospective : 1974, Museum Boijmans Van Beuningen, Rotteram, et MAMVP, Paris ; 1955, 1969, Palais des Beaux-Arts, Bruxelles ; 1975, Zurich, Kunsthaus ; 1977, Carnegie Institute, Pittsburgh ; 1993, Saarland Museum ; 1998, Galerie nationale du Jeu de Paume, Paris.

Musées : 150 dessins et aquarelles de 1960 à 1980, musée d'Art moderne, Bruxelles ; 101 dessins et gouaches, de 1981 à 1996, au musée national d'art moderne, Paris ; 250 œuvres au musée de Silkeborg.

Lieux publics : 1992, Antichambre du ministre de la Culture, Paris ; 1993, rotonde reliant la palais Bourbon et l'hôtel de Lassay.