Fiche de présentation

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BOLTANSKI, Christian

né le 6 septembre 1944 à Paris, France ; 1958-1967, premières peintures figuratives ; 1990, Grand prix national de sculpture ; enseigne aux Beaux-Arts de Paris ; vit avec Annette Messager* ; 2007, Praemium Imperial*; vit à Paris.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Installationniste - Peintre

Présentation : Après avoir peint jusqu'en 1966, il se voue, de 1968 à 1973, à la recherche du temps passé, de la mort et de son corollaire, la mémoire, Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950, (1968) ; il se veut aussi ethnologue en rassemblant et en donnant à voir les objets les plus triviaux. Il se situe entre minimalisme* et expressionnisme*, mais aussi entre christianité et judaïté.
Parmi ces objets collectés, des séries de photos apparaissent en 1973 qui auraient été celles de son enfance, Album Photo,(1948-1956, MAMS), celles de toute enfance (c'est cette même année que Gilbert et George* s'adonnent à la photographie sur laquelle ils interviennent). Ces photos de tiers deviennent aussi des autoportraits grimaçants, exposés sous le titre Saynète comique, (1974, MNAM), transposition en 21 séquences de 5 photos de souvenirs mis en scène de manière grotesque ; c'est peut-être une parodie du roman-photo ; des pastels de même inspiration ont été peints simultanément, d'un trait tout aussi forcé, renforcé encore par le cartouche-titre séparé ; les déformations du visage et les contorsion pourraient relever de l'art corporel* ; ce sont la révélation, non seulement d'un exhibitionnisme certain, mais d'un goût histrionesque avéré.
En 1977, il use de photos de très grand format, à fond noir, fournissant aux figures isolées un aspect d'apparition, d'éclat magique, que l'éclairage déforme au point de fournir une dimension fantomatique à des silhouettes de théâtre de marionnettes émergeant de papier d'emballage-cadeau, Composition hiératique, (1983), oun Monument, (1986, MACM).
Installationniste :
Monuments, (1986), 15 boites métalliques ajustées et fils porteur de lampes, à la mémoire de trois photos d'enfants ou Autel Chase, (1988, FNAC), fait de 112 boîtes métalliques, 15 ampoules électriques et 15 photos, ou Les Archives de Boltanski, (1965-1988, MNAM), Les Ombres, (1986, VAbbe), avec des squelettes s'interposant entre la lumière et le mur, Les Offrandes, (1990, MAC), mur de vêtements suspendus sur plusieurs niveaux, évocateurs d'un ouvroir pour miséreux ou d'un entrepôt d'Auschwitz. En 1981,  il reprend quoique s'en défendant,  cette allusion à la shoha, Chambre tapissée de rayons contenant des vêtements usagés suivie de couloir aux visages anonymes d'enfants, et sans lien véritable, chambre tapissée d'annuaires téléphonques, enregistrant la mémoire d'être qui ont été vivants, dans les années 2000, (MAMVP).
Ainsi se voue-t-il au culte des morts, Archives des Suisses morts, (1990, MAMStE) ou Réserve de Suisses morts, (1992, MPSG), 332 photographies présentées en intérieur de mausolée avec le flou des identités des photos émaillées placées sur les tombes, ou boîtes métalliques rouillées, petits cercueils sur lesquels sont collés de pauvres photographie d'anonymes, éclairées par une lampe de sanctuaire. Photos de cadavres victimes d'accidents ou de massacres, présentées sous un voile noir soulevé par le souffle d'un ventilateur ou photos de mourants, enfermées déjà dans le sac blanc d'un linceul, objets à roulettes emballés dans du plastique noir qui évoquent les cercueils. Massif le plus souvent, il devient gracile avec ses Ombres, (1986), six figures légères derrière une bougie qui projette leur ombre sur le mur.
Tous ces ingrédients sont agencés différemment dans ses très grandes installations au sein des musées et il arrive qu'il retourne les modifier. Progressivement, elles excluent toute autre impression que ce "devoir de mémoire", entamé par lui avant que l'expression ne devienne banale, qui sert d'éternité, Six septembres, (sic), (2005, Arc), pousse la démarche jusqu'à l'absurde ; sur trois écrans défilent, accélérés 2 000 fois, un montage de 60 ans d'archives de l'Institut national de l'audiovisuel, en un brouillard de souvenirs de la date de son anniversaire. Il remplit un espace important par une foule de marcheurs, planches obliques, habillées et têtes remplacées par une lampe de bureau flexible ; quand on parcourt ces passants, une voix se dégage de chacun d'eux qui les caractérise, Prendre la parole, (2005).
En 2010, il investit le Grand Palais avec un gigantesque installation qui réussit à l'occuper de ses bras, manipulateurs  de guenilles sans cesse renouvelés par une grue géante qui en puise dans un terril, au battement des coeurs qui survivent dans les dépouilles; alors que depuis 2005, il  enregistre les pulsation, s'y ajoutent celles  des visiteurs, le tout archiuvé dans l'île de Teshima, dans un lieu construit par le collectionneur Soichiro Fukutake*. A compter du 1er janvier de 2010, quatre caméras filment sa vie jusqu'à sa mort ; cette vie est vendue en viager à un collectionneur  du même pays, David Walsh. Dans une crypte sous la cathédrale de Salzbourg, il place une horloge parlante qui, informatisée, dira le temps pour l'éternité. Il enregistre les battements du coeur des visiteurs et les entrepose dans une sonothèque sur l' île japonaise de Teshima, Archives du coeur,  (2005-    ). 
Il emplit le Grand Palais à Paris, d'une gigantesque installation faite d'un tas de vêtements usages, happés par la mâchoire d'une grue et rejetés sur des rectangles évocateurs de baraques ou de châlits d'un camp de concentration qui émettent des battements de coeur et la scène est cloturée par un mur de fichiers numérotés, Personnes, (2010). Pour la Biennalede Venise, une installation multiple dont la pièce principale est un film de 600 m. reprenant de bout en bout des photos de nouveaux-nés polonais avec arrêt aléatoire sur l'une d'elle, comme est aléatoire le moment de sa conception, Chance, (2011), rai d'espoir dans l'oeuvre.

Il bataille contre la mort comme le joueur du Septième Sceau d'ingmar Bergman.

Expositions : 1970, 1988, Arc, Paris, (P) ; 1970, Ileana Sonnabend, Paris, (P) ; 1972, Documenta, Cassel et Biennale de Venise ; 1984, Centre Pompidou, Paris, (P) ;  1990, 1995, Marian Goodman, New York , (P) et 2005, Paris, (P) ; 1998, Musée d'Art moderne de la ville, Paris, (P) ; 2011, Biennale de Venise, P).

R├ętrospective : 1983, Centre Pompidou, Paris.

Lieux publics : Mur jouxtant le Musée juif, rue du Temple, Paris, rappelant les habitants de ce lieu exterminés par les nazis.

Citation(s) : Il a dit :
- Les gens me disent aussi que je travaille sur l'Holocauste, ça me rend furieux. C'est une chose trop sacrée, qui n'est pas touchable. Je travaille après. Avec des Suisses morts, pas avec des juifs morts.
- Les bons artistes n'ont plus de vie ; leur seule vie consiste à raconter ce qui semble à chacun sa propre histoire.
- L'art m'a sauvé, car il permet d'être anormal dans la normalité.

Archives : Ile de Teshima, Japon, Les Archives du coeur.