Fiche de présentation

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BERTRAND, Gaston

né le 2 septembre 1910 à Wonck-sur-Geer, Flandre, Belgique; 1927-1931, Beaux-arts Saint-Luc, Bruxelles; 1933, Beaux-Arts de Bruxelles, dans l'atelier d'Anto Carte*; 1936, académie de Saint-Josse-ten-Noode; 1956-1962, enseign à l'école Saint-Luc de Saint-Gilles-Bruxelles; 1994, meurt le 21 février à Uccle.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Il sait, comme peu d'autres, abstraire de la figuration les traits essentiels pour ne conserver que ceux-ci, résidus décantés d'un visage ou d'un paysage. Lorsque à ses débuts, de 1936 à 1948, il est nettement figuratif, il recherche déjà la schématisation qui fait trancher les lignes de force sur fond flou ou uni, La Grande Plage, (1940-1943, MRBABx) ou Autoportrait, (1945, ibid), dans lequel on peut retrouver comme une familiarité avec la Tête blanche et rose ,(1914, MNAM) de Matisse*. Dès 1946, on le voit s'engager sur le chemin du dépouillement qu'il poussera, plus tard, à son plus extrême, Escalier jaune, (1946) ou Portrait de Philippe d'Arschot, (1947), qui portent déjà en eux une extraction de lignes d'un ensemble pour leurs valeurs propres. En 1948, le pas est sauté : avec Vue sur la mer, (1948, MRBABx), on voit encore quel est le point de départ, mais très rapidement, c'est à l'énoncé du titre que l'on peut découvrir l'objet de l'inspiration : sinuosités de la grotte d'Altamira; droites rarement coupées d'un demi-cercle pour la chapelle des Médicis; effusion de courbes pour l'abbaye de Montmajour ou, de 1958 à 1986, pour le métro de Paris, Lumière dans le souterrain (1986, fond. Bertrand, Uccle-Bruxelles), avec sa double enfilade de couloirs en camaïeu jaune d'or, et encore ces ormes verticales contournées, repliées sur elles, pour le jeu de l'ombre et du soleil dans les ruelles grimpantes de Provence. Quand ce n'est pas la gratuité totale de Sur fond noir, (1953-1963, MRBABx), où la tranche jaune d'un parallélépipède éclaire un foisonnement de verticalités grises et noires. Dans le même temps, il est portraitiste et capte dans le visage et le vêtement les quelques traits singuliers au modèle, il accentue le dépouillement du Villon* de Scribe en 194, du Tzara* de Tihnyi en 1926. L'essence du sujet apparaît, à l' opposé de la photographie. C'est la représentation de l'indicible au-delà de la ressemblance formelle, La Religieuse, (1957, MRBABx), L'Homme au jabot, (1962). Exceptionnellement, il pousse et frôle la charge, Portrait d'Alla Goldschmidt, (1951, MRBABx). Cette peinture cérébrale, faite de silence, n'est plus que jeu rigoureux de lignes légères, arachnéennes, tracées à main levée, résultat d'une longue décantation, et projection d'un génial résidu. Épure d'ingénieur longuement élaborée, avec une minutie presque maniaque : chaque tableau fait l'objet d'un croquis et d'un plan de peinture, soigneusement rédigé au stylo-bille de couleur, portant indication des matières employées, des coloris, des dates et des lieux de conception, de reprise et d'achèvement, du nom de l'acheteur enfin. Toujours on se trouve devant le même travail raffiné, la même métamorphose de la réalité, la même abstraction* platonicienne : il est l'explorateur, le découvreur, le révélateur, l'inventeur de l'idée sous-jacente aux choses et aux êtres.

Expositions : 1942, Dietrich, Bruxelles (P); 1953, Stable, New York; 1956, La Hune, Paris.

Rétrospective : 1974, Musées royaux des beaux-arts, Bruxelles; 1983, musée d'Ixelles.

Musées : Fondation Bertrand, Uccle-Bruxelles.

Lieux publics : fresque au tympan de l'église Sainte-Julienne de Namur-Salzinnes, et dans l'abside (1957).

Citation(s) : On a dit :
- Qui se penche sur une toile pour y dénombrer les rides que présentait le visage de Churchill? Prétendre limiter le portrait à semblable exercice est exigé que la peinture se prostitue. Si le peintre croit devoir flatter son modèle, qu'il refuse sa tâche, et que celui qui souhaite son portrait laisse à l'artiste toute liberté. N'injuriez donc pas le peintre cubiste* qui vous dissèque pour vous reconstruire : c'est sa méthode. Il s'en conçoit d'autres, même celle bien plus libre, non-figurative, symbolique, où d'un ensemble de lignes et de couleurs surgit l'idée de votre personnage. Soumettez-vous au supplice u portrait. Vous aurez à y apprendre et, plutôt que d'exiger que le peintre corrige son dessin, tâchez, vous, de corriger votre personne.   (Marcel Lahaye, L'Homme au jabot, 1969).