Fiche de présentation

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TINGUELY, Jean

né le 22 mai 1925 à Fribourg, Suisse ; 1941-1945, Arts appliqués ; 1951, épouse Eva Aeppli* ; 1953, se fixe en France ; 1956, rencontre Niki de Saint-Phalle* ; 1964, vit et travaille avec elle ; 1966, collabore avec Per-Olof Ultvedt* ; 1971, épouse Niki de Saint-Phalle ; vit avec Milena Palakarkina* ; 1991, meurt à Berne le 30 août d'une hémorragie cérébrale ; le 4 septembre, funérailles quasiment officielles à la cathédrale de Fribourg.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Performeur - Sculpteur

Présentation : À partir de déchets, il construit des machines animées, inspirées par Schwitters*, Dada* et Calder*, et sous-tendus par une volonté de dérision à l'égard du présupposé existentiel des artistes de l'abstraction* lyrique.
Au départ, en 1954-1959, il cherche comment rendre mobiles des tableaux aux formes suggérées par Kandinsky* ou Malevitch*, pour leur donner une troisième dimension, y introduire le temps afin que le spectateur, immobile, puisse ainsi voir une oeuvre sans cesse différente - Buri* a introduit le mouvement dès 1953 dans ses tableaux, mais comme il est imperceptible, l'effet de métamorphose l'est également. Il cache le mécanisme, Série Meta-Malevitch, (1954, MNAM) ou Blanc sur noir, métaphore, (1959), avant de le laisser apparent, Frigo Duchamp, (1960, MTB).
En 1960, il met le feu à Hommage à New York, oeuvre autodestructive en 27', (MoMA). En 1962, dans le Nevada, Etude pour la fin du monde, s'anéantit de même. En 1970, sur la place du Dôme à Milan, un phallus d'or se consume en trois quarts d'heure.
Sculpteur :
Puis il devient le sculpteur-mécanicien, créant des sculptures-machines grinçantes avec des déchets métalliques de toutes sortes, assortis de protubérances insolites. Autoportrait, (1988, MNAM), oiseau naturalisé et masque de rapace semblent tirer de lourdes chaînes comme pour amener à eux tous les récupérables. Les Philosophes, portraits imaginaires et arbitraires, aux noms interchangeables et d'ailleurs interchangés, datent de 1988 et font suite à une période plus macabre.
Dès 1955, les esquisses au crayon ou au stylo-bille projettent ce que seront les machines. Progressivement, ces travaux prennent une valeur graphique autonome. La roue y est dominante, dentelée, avec ses spirales, ses bielles, ses vilebrequins dont le mouvement est suggéré par la répétition de certains contours ; ce sont des boîtiers de montre ouverts. L'oeuvre s'enrichit de petits pochoirs, coeurs, bonshommes de pain d'épice, roses, détails ornementaux. La couleur se fait de plus en plus vive, chantante comme un écho cristallin au bruit sourd et mécanique des machines.
En 1988, ils sont peints dans le creux de couvercles de boîtes, Collaboration, (1991), graffiti sur toile avec éléments graphiques de machines et les noms Jean Tinguely-Eva Aeppli* associés. En 1989 et 1990, il collabore avec Milena Palakarkina*. Parmi les machines préconçues, Requiem, (1967, MNAM), peinte en noir, projette sur le mur son ombre chinoise par un éclairage spécifique ; si l'on en croit les dates affichées, Machine Vegeterian Beast, (1965) de Per Olof Ultvedt, en est une préfiguration.
Le Cyclop :
 voir Nikk d Saint-Phalle.

Expositions : - 1954, Arnaud, Paris (P) ; 1959, Schmela, Düsseldorf, (P) ; 1956, Denise René, Paris, (P).

Rétrospective : - 1971, CNA, Paris ; 1982, Kunsthaus, Zürich ; Tate, Londres ; Palais des Beaux-arts, Bruxelles ; 1987, Palazzo Grassi, Venise ; Promotrices delle belle arti, Turin ; 1988, Centre Pompidou, Paris.

Musées : Musée Tinguely, Bâle, 70 oeuvres.

Lieux publics : 1982, fontaine Stravinski, Paris (en commun avec Niki de Saint-Phalle*) ; 1987, Le Cyclope, Milly-la-Forêt; 1991 (en collaboration avec Niki de Saint-Phalle*) ; Le Luminator, hall de la gare, Bâle.

Citation(s) : Il a dit :
- J'ai aussi essayé de faire de très mauvaises sculptures, des sculptures super-louches et pas sérieuses pour que tout le monde ait du plaisir, surtout les gosses.
On a dit :
- L'artiste qui fait chanter les ferrailles. [...] Dieu, le créateur, ton modèle, qui du tohu-bohu primitif a organisé la ronde des étoiles (Mgr Mamie, évêque de Fribourg, éloge funèbre).
- J'avais été ravi, au musée de Bâle, par ses deux grandes sculptures ne pouvant servir parfaitement à rien, et qui s'agitaient dans un bruit à faire peur à des ogres de bonne compagnie. Pour son enterrement dans sa ville, il a demandé un cortège de ses machines qui, en plein air, batifolent et font leur vacarme, comme des pleureuses d'un nouveau genre.  (Julien Green, 3 septembre 1991).