Fiche de présentation

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KLASEN, Peter

né le 18 août 1935 à Lübeck, Schleswig-Holstein, Allemagne ; son grand-père, marchand de tableaux, lui fait rencontrer des artistes ; 1956-1959, Beaux-Arts de Berlin ; 1959, s'installe à Paris ; 1981, séjourne à New York ; 1985, vit à Vincennes.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : De 1960 datent les premiers assemblages semi-abstraits, recouverts uniformément de blanc, gris ou noir. L'année suivante, et jusqu'en 1973, il procède à des collages intégrant des objets et des images de magazines populaires ; il emploie l'aérographe et des caches. Il appartient au pop*, proche de Rosenquist*, à ce monde de la violence urbaine et de la prépondérance automobile, que représentent aussi Fromanger* et Monory*. À ceci près que le sujet est éclaté en morceaux sur une toile blanche, pare-brise, rétroviseur, visage de femme, Service de nuit, (1964), ou sur une toile grise, Le Bon magique, (1965)., ou La Stripteaseuse,(1965).
Il aborde la troisième dimension, Tableau-objet, bidet, (1968, institut d'Art contemporain, Villeurbanne), panneau d'un bleu Klein*, bidet aux lampes bleues en place des robinets.  Sa peinture nette traite des engins de la propreté et de la santé : chariot d'hôpital ou baignoire, machine à laver ou stéthoscope, Fauteuil dentaire, (1972) ; son regard se porte également sur tout ce qui est poli, de la carrosserie d'un camion à un rideau de fer de boutique, Camion-Benne, (1974, MPSG) ou Grande Grille, (1978, MPSG). Le détail grandeur nature est frappé d'un autre détail de lettre ou de chiffre en rouge.
De 1975 à 1983 apparaissent des traces de salissures ; du détail de la réalité ripolinée, Container bleu avec effacement, (1983, FRAC Lorraine); il passe à d'autres détails qui ne refusent plus le sordide sur fond toujours léché, des murs, leurs graffitis*, leurs inscriptions signalétiques, des boulons, des valves, des manomètres, une porte de wagon avec mention de service à la craie, etc. Il travaille en trompe l'oeil, d'autant qu'il photographie de face avant de peindre, (1963), Camion Seita rouge, (1978 et 1983) ou Electra Bodier, (2005). Les portes métalliques peintes, on voudrait les enfoncer, Porte d'Aubervilliers, (1984). En 1981, il est l'initiateur d'un tableau " historique ", mémorial ou anthologie : sur une porte blindée qu'il a peinte, il fait opérer 30 peintres et écrivains qui entre 1960 et 1970 l'ont accompagné dans la Figuration narrative*, se réclamant du pouvoir propre de l'image peinte en réaction contre les théories de l'hyperréalisme* américain; sont intervenus, par ordre chronologique : Wouter Kotte, Pierre Tilman, Frank Venaille, Velickovic*, Gilbert Lascaux, Jacques Poli, Rabascal, Claudine d'Hellemmes, le groupe Objectal*, Stämpfli*, Marc Fonquerne, Edouard Vadnen, Rancillac*, Villéglé*, Claude Parent*, César*, Monory*, Télémaque*, Dominique Labarrière, Sarkis*, Jacqueline Dauriac, Jan Voss*, Gloria Friedmann, Alain Jouffroy, Bertrand Lavier*, Christian Bouille, Christian Jacquard, Bernard Noël, Erró*, Jean-Marie Gibbal. Le résultat est un grand panneau coloré, presque heureux face aux Rauschenberg* dont le système d'accumulation de déchets est repris. Puis viennent les " effacements " : sur fond de panneaux métalliques, des inscriptions effacées ou des retouches de couleurs pour masquer des dégâts ou prévenir la rouille. Vers la fin des années 80, il peint des fragments grandeur nature du monde industriel, mêlant, à nouveau, le trompe-l'oeil et l'insertion d'objets, boulons, etc. L'inspiration devient celle de l'inquiétude devant la civilisation technique; angoisse du nucléaire, des ruptures de canalisations, des courts-circuits, des avaries de toutes sortes; et ce sont des panneaux de mise en garde contre les accidents du travail, des inscriptions au néon, des coulées de rouille, sans que l'on sache, sauf à y aller voir de près, ce qui est photographie ramenée de New York et peinture, représentation et réalité, Interdiction absolue de toucher, (1997), 380 x 800. L'inquiétude vient aussi de la séparation de deux mondes avec d'immenses tableaux reprenant, sur gris, des inscriptions du mur de Berlin, pas encore tombé, Macht, (1987). Quand l'imaginaire réclame la monotonie triste des complexes industriels, il use de couleurs primaires, franches, vies, frappant souvent ces panneaux d'un K, comme d'une signature. Tout lui est signal du monde de la machine, déserté par l'homme, que seul, rarement, une silhouette ou une ombre suggère. Il n'use pas du pinceau, mais d'un aérographe qui projette les couleurs acryliques ou huiles. La rigueur du résultat témoigne de la maîtrise de la technique. À la fin des années 90, l'érotisme latent se fait présent dans ses compositions, sous forme de femmes nues derrière un grillage industriel, Iron Lady, (1998). Il met au sol ses compositions qui deviennent alors installation, Shock Corridor, (1991), peintures et objets hygiéniques et ménagers, Travaux publics, (1996) ou Tourets et Néons, (1997), sur 9 m de long. Ou les conservant à la verticalité, il exprime dans la grisaille d'origine, la désespérance du travail à la chaîne par 22 portes de vestiaires métalliques, désespérément monotones, Vestiaire, (1997). Ses petites compositions sur papier, alors qu'elles évoquent le même mode, sont d'une autre démarche, celle de la peinture de chevalet. Ce sont des collages dont les éléments assemblés ne cherchent pas à restituer la réalité brute, mais au contraire veulent rendre l'effet d'un tableau. On y trouve des bouts de cordes et de lattes, des morceaux de carton d'emballage déchirés avec leur mention d'origine. L'oeuvre photographique est importante, de Système hydraulique jaune, (1973) à Lost Landscape, (2009), reflet ou plus probablement inspiration de l'oeuvre peint.

Expositions : 1964, Friedrich, Munich (P); 1966, Mathias Fels, Paris, (P), et Ad Libitum, Anvers (P) ; 1979, ARC, Paris, (P) ; 1989, Louis Carré, et Fanny Guillon-Lafaille, Paris, (P) ; 1995 2007, Villa Tamaris, La Seine-sur-Mer, (P) ; 2008, Figuration narrative, Centre Pompidou, Paris, (G) et Musée de Dunkerque, (photographie), (P).

R├ętrospective : 1971, ARC, Paris ; 1972, palais des Beaux-Arts, Bruxelles ; 1974, Wilhelm-Lehmbruck Museum, Duisbourg ; 1979, Neue Gallerie-Sammlung Ludwig, Aix-laChapelle ; Overbeck-gesellchaft, Lübeck ; Hedendaagse Kunst, Utrecht ; Poll, Berlin ; 1984, Orléans, Châteauroux, Marseille, Annecy, Le Creusot, Dunkerque ; 1987, Aix-en-Provence et Carcassonn; 2014, Musée du Touquet ; 2009, Tripostal, Lille.

Lieux publics : une porte au Pavillon des arts de la ville de Paris, dans le quartier des Halles; un parking à la Défense.