Fiche de présentation

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BEUYS, Joseph

né le 12 mai 1921 à Krefeld, Westphalie, Allemagne ; pilote de la Luftwaffe, il est abattu, en 1943, dans les lignes russes, et est soigné par un chaman tatare qui le couvre de graisse puis l'enveloppe de feutre ; 1947-1952, classe de sculpture des Beaux-Arts de Düsseldorf  ; 1959, épouse Eva Wurmbach, professeur d'art ; 1961-1972, enseigne aux Beaux-Arts de Düsseldorf, jusqu'à ce que le ministre des Sciences le révoque pour avoir accepté dans sa classe tous les candidats ayant échoué au concours d'entrée, mais, paradoxalement, il forme nombre de Nouveaux fauves* en les incitant à pratiquer un art culturellement allemand ; 1963, cofonde Fluxus* et en accueille les membres aux Beaux-Arts de Düsseldorf ; 1978, enseigne à l'École d'arts appliqués de Vienne; 1986, meurt le 23 janvier à Düsseldorf.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Plasticien

Présentation : Il est avant tout l'initiateur des happenings* qu'il mène, chapeau mou vissé sur la tête, en contraste avec le reste négligé de sa tenue ; puis il est le précurseur du land art* à coloration écologique et conceptualisante* et de l'art pauvre*. Ce faisant, il renoue, après la Première Guerre, avec Dada* et Schwitters*. "Nova et vetera". Sa parole se transforme en actions* et il est ainsi, en quelque sorte, le Lacan de la plastique.
À l'instar de Rudolf Steiner*, qui l'influence, il griffonne sans cesse pour appuyer ses théories. Ses interventions* politiques vont de la Porte, (brûlée), (1954, OG) à la création du plus grand parti au monde pour les animaux, (1959), à la suggestion de rehausser de 5 cm, pour des motifs esthétiques, le mur de Berlin, (1964), de la tenue d'un bureau politique à la Dokumenta de Kassel, (1972), d'un pastiche de Kosuth* appliqué à une bêche, (1982), à une feuille de réexpédition de courrier marquée du tampon Fluxus, (1982-1983), et, en 1984, la création de la Jambe d'Orwell, pantalon en jeans pour le XXIe siècle, aux genoux percés. L'idée politico-sociale s'incarne parfois dans un installation, Forces directriices, (1974-1977, NNG), sol jonché de tableaux noirs sur lesquels son jetées des paroles et dont trois seulement demeurent sur chevalet ou Valeurs économiques, (1980, SMAK), quand, sur des étagère de métal, il expose les maigres produits de consommation de l'Allemagne de l'Est, avec pour toiles de fond des oeuvres bourgeoises peintes durant la vie de Marx.
L'homme du land art* échange 7 000 blocs de basalte empilés devant la Dokumenta de Kassel, en1982, contre la plantation d'un même nombre d'arbres. En 1983, à Hambourg, il choisit un terrain vague-mort pour être replanté d'arbres-vie.
L'auteur d'installations* est poursuivi par le thème de la conduction de la chaleur, celle-là même qui, par graisse et feutre interposés, lui sauva la vie. Il excite les sensations et ne transmet pas de sensibilité. Il joue sur la métaphore sans préoccupation esthétique. L'allégorie du son : d' Infiltration homogène pour piano à queue, (1966, MNAM), emballé dans une enveloppe de feutre conservatrice aux formes éléphantesques, à Monument au cerf pour Georges Macunas, (1982), piano ouvert, fixé sur des plaques de cuivre conductrices du son jusqu'aux profondeurs telluriques. On retrouve le feutre en 1970, sous forme de complets sans boutons, pendus sur cintre, qui évoquent pathétiquement la condition humaine selon Beckett, et, pastiche ou dérision, rappellent le Green Suit, (1959) de Dine*. Ford VII/2, (1967-1984, MNAM), entassemnt de feuilles de feutres, serrées sous une plaque de cuivre protectrice. La Peau, (1984, ibid.) n'est que l'enveloppe déchirée du piano qu'il consent à renouveler à condition de garder l'ancienne en la promouvant. Enfin, un très vaste environnement capitonné de rouleaux de feutres qui modifient le son, Plight, (1985, ibid.), contient un autre piano, fermé, inutile dans sa caverne. À l'opposé, il y a le bruit, symbolisé par la répétition du double 'ö ö', qui, prononcé, signifie en allemand " bramer " et lui sert de cri primal, comme d'yeux à l'affût. La graisse doit aussi remplir son rôle. On la retrouve un peu partout, avec son odeur et sa couleur fétides, Chaise avec graisse, (1964-1985) sous globe, avec un radiateur et un thermomètre qui doivent mesurer la progression de la fonte et de la désintégration de l'oeuvre. L'allégorie des forces créatrices, " naissance souffrance transformation mort résurrection " est surtout lisible au second degré. On peut y classer l'amas sur cales de mégalithes de basalte longiformes, La Fin du XXe siècle, (1983) ; dans chacun d'eux, un cône a été creusé, réajusté à l'aide de graisse, qui apparaît comme un oeil cyclopéen. Et encore Pierres d'Olivier, (1984, KZ), bacs de décantation en pierre, remplis d'un monolithe ne laissant qu'un interstice pour y verser 200 litres d'huile qui imprègnent la pierre suintante. Ground, (1980, BvB), banal matériel de bureau, articulé sur des plaques de cuivre verticalement boulonnées. Parfois, le matériau et son élaboration sont plus poussés, Arrêt de tramway, (1976), en bronze, ou Vierge au linge mouillé II, (1985, MNAM), colonne de bois, tronquée et couchée ou encore Lightning Will Stag in its Glare, (1958-1985, Tate), haute coulée de chiffons, traduite en bronze pendant d'une poutrelle d'angle. Il se trouve que ces objets, environnements, actions, interventions sont concrétisés par de dessins, formulant les idées préparatoires : brouillons, notes de travail, ébauches, la plupart du temps hermétiques, que l'artiste considère comme des points d'interrogation : un minuscule triangle de gouache monochrome s'appelle Navire géant (194), deux bouts de végétaux donnent Carnation, (1956); il s'inspire de l'art pariétal ou des transparences érotiques de Bellmer*,Tête de femme, (1956, VDHW); Filles sur patins, (1961) sont alertement croqués; Semer les champs pour les régénérer, (1979) sont des notes sur enveloppe décollée et celles-ci, ainsi que les bouts de papier gouachés, abondent et tout cela est, à proprement parler, indicible. Il y a aussi cette ardoise d'écolier sur laquelle est écrit Kunst = Kapital, (1980, MFAB), amorçant un procès plaidé par Haacke*.
Parmi ses milliers de dessins, il en sélectionne 456, réalisés entre 1945 et 1976, qu'il présente, sous le titre Secret Blok for a Secret Person in Ireland, (1954-1985), un ensemble destiné à prolonger graphiquement de six chapitres de Finnegans Wake, de Joyce.
Il raconte aussi des histoires en suite photographique, Coyotte, (1977), et il use de la même technique pour un gigantesque autoportrait, Photo-Objet Eurasien, (1976, LFIK).
Il met en scène des vidéos* dont il est l'acteur, Coyotte, (1974).
Sans doute est-il avant tout un inséminateur. Et un successeur de Duchamp*  puisqu'il n'hésite pas  à titrer une photo : Le Silence de Marcel Duchamp est surestimé, (2973-1983).

Expositions : 1951, Schmelaa, Düsseldorf ; 2012, Goethe Institut, Paris,, (P)

Rétrospective : 1952, Kunstuseum, Wuppertal  1974, Museum of Modern Art, Oxford; 1975, Kestner Gesellschaft, Hanovre ; 1977, Nationalgalerie, Berlin ; 1979, Guggenheim, New York ; Boijmans Van Beuningen, Rotterdam ; Kunsthalle, Bielefeld ; Wissenschaftcentrum, Bonn ; 1983, Musée, Lausanne ; 1994, Centre Pompidou, Paris.

Musées : Kunstmuseum, Bonn, trois salles qui sont comme un cabinet de curiosités disposées en vitrines identiques. Kaiser Wilhelm Museum, Krefeld, deux salles.

Citation(s) : Il a dit :
- J'ai réalisé la part qu'un artiste peut prendre dans le diagnostic des maux de l'époque et dans l'indication des soins. Cela se rattache à la médecine ou à ce qu'on appelle alchimie ou chamanisme. Enseigner est ma plus grande oeuvre d'art.
- Tout homme est un artiste.
On a dit :
- Le plus grand artiste allemand de tous les temps. (un journaliste allemand).
- Il a tenté de créer de la beauté avec des ruines et des riens. Il est celui qui tente d'assumer l'histoire de l'Allemagne et bute sur la mort. (Jean-Michel Alberola).

Archives : Château de Moyland, Beburg-Hau, Rhénanie-Westphalie, 220,000 documents et la plus grande collecton d'oeuvres.