Fiche de présentation

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RONIS, Willy

né le 14 août 1910 à Paris, France, fils de père retoucheur-photographe ukrainien et de mère violoniste lituanienne, juifs émigrés ; 1926, apprend le métier avec son père qui ouvre un studio de quartier ; 1932-1936, le dirige, tout en s'échappant pour prendre des images différentes des clichés convenus ; 1936, photographe indépendant ; 1937, achète un Rolleiflex ; 1939-1940, mobilisé aux armées : 1941, quitte Paris et vit à Nice et Cannes de petits travaux; ne photographie pas ; rencontre Marie-Anne Lansiaux, peintre sur bijoux, qu'il épouse ; 1942, lors de l'occupation totale, se cache à la campagne, notamment en suivant une troupe de comédiens ambulants ; 1944, rentre à Paris et reprend la photo ; 1945-1965, membre du parti communiste ; 1950-1955, et 1979, adhère à l'agence Rapho ; 1950-1960, reportages  pour Vogue ; 1954, publie son premier livre ; 1972-1983, vit à Gordes puis à l'Isle-sur-la-Sorgue ; 1979, Grand prix national des arts et des lettres ; 1983, se fixe à Paris ; 1993, nommé membre de la Royal Photographic Society, Londres ;  2002, faute de pouvoir marcher, cesse de photographier ; 2009, meurt le 11 septembre.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Photographe

Présentation : Première photographie avec un Kodak, en 1926, La Tour Eiffel. Viennent ensuite des Autoportrait, (1929) qu'il reprend en 1934, 1967, 1981 et même en parachute, 1994, alors qu'il a 84 ans... Son inclination pour la gauche lui fait privilégier les mouvements sociaux du Front populaire, 14 juillet 1936, (telle image fait penser à Delacroix, telle autre à Ucello) ou Rose Zehner, grève aux usines Javel-Citroën, (1938), haranguant ses camarades. En 1937, il adopte le Rolleiflex.
Il travaille pour la publicité du magasin Le Printemps, (1941), superposant des photos en couleur des rayons visés à des clichés personnels d'archives et obtenant une série originale, indéfinissable, tenant par ses encadrements de l'art nouveau*. Il adopte le Foca.
Belleville-Ménilmontant
En 1947, il découvre Belleville-Ménilmontant, et le photographie jusqu'en 1950. Le Petit parisien, (1952), provoqué après qu'il demande à un gamin de s'encourir avec un pain plus grand que lui. Dans le même esprit, il effectue un reportage sur la Rue de la Huchette, (1957) avec toujours le même regard amical et quelque peu mélancolique pour les "petites gens". Il use le plus souvent de la verticalité et ne recourt jamais à la lumière artificielle.
Il cadre dans son cerveau avant la caméra ; il guette longtemps le moment favorable, toute une journée pour La Péniche aux enfants, (1959). Ses images sont la plupart du temps verticales. Le sujet se découpe sur un ciel vide , Café à Ménilmontant, (1948), ou vont de bord à bord, Rue du Grenier Saint-Lazare, (1981). Il prend la fuite de la perspective, aussi bien en usine, Lorraine-Escaut-Sedan, (1959) qu'au fil de la Seine, Péniche, (1939).La lumière artificielle joue dans la nuit, Taxi, rue Muller à Montmartre, (1934), lampadaires et pavé humide, Réunion pendant une panne d'électricité, (1955), Rue Montmartre, (1956).
Dans les années 1950, il ajoute aux reportages - notamment celui de Renault -  la publicité, la mode et la vie quotidienne. Un nouvel Autoportrait, triptyque noir et blanc, indique la multiplicité des âges, mais surtout des manières, expressionniste* et surréaliste*, car il s'arrange pour être le regardeur-regardé dans un champ d'une profondeur qui vise à l'infini, Autoportrait aux flashes, (1951).
Portraits.
De 1939 à 1979, de Capa à Martine Franck, des portraits à la fraîcheur spontanée.
Nus.
Il traite aussi bien des foules que des nus visages cachés,  Nu pauvre, (1947) ; ses nus sont peu connus, remarquables par leur naturel et leur pudicité. Son Nu Provençal, (1949), fait songer à ceux de Bonnard*; une femme vue de dos penchée sur une cuvette, avec un volet disjoints ouvert.  Nu au tricot rayé, (1970). Dernier nu et dernière photo, Nu allongé, (2002), dans un décor chargé comme un Cabanel.
Et quoique ne s'intéressant qu'aux êtres, il donne une image exceptionnelle, RER, station Châtelet, (1979), dans un hall vide, tous les combinés téléphoniques en coquilles sur pilier sont occupés et on ne voit qu'une des jambes dans les pantalons.
Allemange de l'Est.
En 1967, il s'y rend par deux fois, et en rapporte des reportages qui ne sont pas plus misérabilistes que son Ménage pauvre de Paris, (1949), ni assujettis au Réalisme socialiste*. Vie de tous les jours, comme Amphithéâtre, (1967),  à Dresde, toutes places occupées par les étudiants.
Il estime que sa période la plus féconde suit la Libération : air de liberté, renaissance de la presse, demande d'images et peu de photographes, sinon les quelques de "la photographie humaniste française", Doisneau*, Boubt*, Izis*.  En 1992, il se met au parachute et au parapente pour photographier la montagne. Il est l'auteur de quelques photographies en couleur, de 1950 à 1970; d'abord relevant une tache de couleur dns la grisaille de l'ensmble, puis s'adonnant à la couleur sans restriction. 
On lui connaît aussi quelques clichés expérimentaux comme Autoportrait à système, (1955), aux yeux démesurément agrandis par des jumelles. Parmi ceux-ci, à retenir Dimanche au Louvre, (1968), quand la foule dans la salle, se confond avec celle du Sacre de David.

Expositions : 1935, Association des artistes et écrivains révolutionnaires, La Pléiade,Paris, (G) ; 1936, Gare de l'Est, Paris, (P) ; Five French Photographers, 1953,  Museum of Modern Art,  New York ; 1957, Biennale de Venise ; 2000, Écomusée de Fresnes, (G) et Musée d'art contemporain, Kyoto, (P) ; 2005, Hôtel de ville, Paris, (P).

R├ętrospective : 1951, Museum of Modern Art, New York ; 1985, Palais de Tokyo, Paris ; 1995, Oxford Museum ; 1996, Pavillon des arts, Paris ; 2009, Église Sainte-Anne, Arles ; 2010, Monnaie de Paris, et Espace Simiane, Gordes, (P).

Citation(s) :
Il a dit :-
- Je suis un mémorialiste des rues.
- Je n'ai jamais cherché l'extraordinaire ou le scoop. Je cherche ce qui comble ma vie, la beauté de l'ordinaire qui est toujours la source de me plus grandes émotions. (...) Ce sont mes contemporains qui m'intéressent.
- Très tôt, j'ai eu l'intuition que la photo pouvait être un art si c'est un artiste qui tient l'appareil.

Archives : Léguées, en 1983, à l'État français, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine : milliers de négatifs, documents albums, vintages et tirages modernes.