Fiche de présentation

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HAINS, Raymond

né le 9 novembre 1926 à Saint-Brieuc, Côtes-d'Armor, France ; 1945, Beaux-Arts, Rennes, où il côtoie La Villeglé*; 1947, expérimente la photographie non-figurative*; 1960, co-fonde le groupe des Nouveaux réalistes*; 1987, Grand prix national de peinture ; 2005, meurt le 28 octobre à Paris.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Photographe - Plasticien

Présentation : On aurait tort de réduire l'oeuvre de Hains aux affiches décollées dont il fut un des quatre mousquetaires.
Le Photographe :
D'abord parce que son premier intérêt, en 1947, c'est la photographie "abstraite"*, surréalisante*, La Main multipliée par un jeu de miroirs, (1947) ou la Javanaise aux dents blanches, (1948), qui ressemble à un agrandissement de circuit électronique, ainsi que la photographie dite hypnagogique, Le Codex hypnagogique, (1948), proche de l'oeuvre précédente, obtenue en intercalant un verre cannelé entre le sujet et l'objectif. En 1948, appliquant cette technique à des textes, il invente "l'ultra-lettre", déformée comme un oeil astigmate la voit, et devenue, à la limite, illisible comme "un poème à dé-lire", Hypérile éclaté de Bryen, (1952) et des montages photographiques rejoignent la nature morte, Sans titre, (1948, FNAC). Dans le même esprit, il tourne un film en couleurs, jamais achevé, et inédit; il fait lire un texte au travers d'un verre de bière grossissant, Steal déformée, (1989, FNAC.). Il poursuit ses travaux à base photographique, menant la typographie, devenue par manipulation, un tableau de signes presque abstraits, Film abstrait, (1952-1976, MNAM.) ou Les Nouveux Réalistes, (1968-1990, diptyque, MNAM.). Il y a, enfin, les échelles optimétriques traitées de la même façon (1984-1990).
Il est aussi simple photographe en couleurs, s'amusant des étrangetés qu'il voit, Picasso à Dinard, (2000) ou Suite sur le Pont-Neuf, (2003), qui raconte une histoire inanimée, ou encore, Sculpture de rues, (2003), palette de matériaux en ready-made* et photographies en couleur de palette d'autres matériaux.Il filme un court métrage sur les affiches déchirées.
Les Affiches déchirées :
De 1949 à 1975, il est le "complice" de Dufrêne*, de Villeglé* et de Rotella*, recueillant des affiches déchirées pour les muer en oeuvres d'art, Ach Almar Manetro, (1949, MNAM.) (avec Villeglé). On le dit l'initiateur de cette pratique, qui est celle qui lui est le plus spontanément attribuée ; il accorde de l'importance au support, palissade, tôle, tout autant qu'aux lambeaux qui le recouvrent et qui suscitent parfois des réminiscences, Les Nymphéas, (1951, MNAM.); il arrive que la succession de ces oeuvres constitue un véritable agenda politique de l'époque, singulièrement de la guerre d'Algérie, (1950-1961). En effet, s'il a des décollages vaguement figuratifs, Le Perroquet de Colette, (1957), il a aussi des oeuvres qui ne sont que lambeaux illisibles, Sans titre, (1965), quand d'autres qui laissent apparaître le message, De Gaulle a gagné, (1958).  Il expose à la 1re Biennale de Paris, en 1959, La Palissade des emplacements réservés, (lapalissade?). Il ne signe que sur demande au moment de l'acquisition, La Gitane, (1960-1968, MAMVP), Six panneaux de l'époque Sidney Janine, (1960, MAMStE). Il ne baptise pas un objet banal oeuvre d'art, comme le faisait Dada* dont il est si proche; mais s'approprie une part du banal pour donner à voir ce qu'on ne voyait pas parce que cela "crevait les yeux". Il est sans doute abusif de prétendre q'il s'est rapidement détourné d'une récupération muséale lorsqu'on voit que Sans titre, (1983, MAC) figure bien dans un musée et que Villeneuve-Loubet, à la villa Arson, (1989-1990), sur un support de tôle, est encadré, comme le sont les oeuvres montrées en 1994. Il manie la fantaisie avec Rue d'Italie, (1974, MAMAC.), palissade bombée dont les planches dissociées et réajustées sont mêlées. Il traite aussi le verre, le Plexiglas, l'aluminium; dès 1950, des bâtonnets irréguliers, serrés en rangs obliques, opposent leurs couleurs brillantes mais tassées, aux blancs ; Pénélope, (1950-1952), aux bambous, et Film abstrait, (1956-1976, MNAM) aux macromolécules obtenues par réaction chimique glycérophtalique sur aluminium.
Et tout le reste :
De 1964 à 1974, il produit des allumettes géantes en trois dimensions, Seita, (1964, OG.), Pochette d'allumettes, (1971, MCM), des emballages sous plastique de deux gigantesques paquets de pellicules Ektachrome, Sans titre, (1979, FNAC.), des agrandissements de couvertures de livres, de codes-barres, pastiche d'un certain Flaminio Gaggioni, (1983-1990), Le Code barre du Petit Lu, (1983, FRAC Loire), des diapositives géantes disposées dans un bac en plastique. Toutes ces créations s'apparentent au pop*, comme les affiches lacérées peuvent être rapprochées de la démarche de Rauschenberg*. En 1994, il crée une installation destinée à reconstituer une généalogie allégorique, probablement imaginaire, entre Jacques Cartier et la Fondation qui la lui commande; il évoque Chateaubriand (sic) en plantant 15 pieux formant Brise-lames de Saint-Malo, plage du Sillon ; il célèbre par des "auto" collants rouges gardant en réserve sur aluminium les deux V renversés de Citroën, Citroën, moi j'aime, (1966). On relève le montage photographique L'Art à Vinci, (1976), reprenant dans la pose de Mona Lisa la figure de Lara Vincy, galeriste. Comme Cours Saleya, (1995), ajustement de stores rayés à la Buren* dont on ne sait s'ils sont photo ou peinture. Poursuivant l'illustration pop du calembour traduit en installation*, il montre les objets d'un rayon de jardinerie rangés comme chez Bloomingdale's à New York, accompagnés d'un glissement sémantique : Castelli est à le fois le nom d'une galerie new-yorkaise et d'un pépiniériste niçois ; ce dernier affiche Notre-Dame des Fleurs, siège, en ce temps, d'un galeriste à Vence et titre d'un roman de Genet... sans compter les alignements d'arrosoirs et de sachets de grines. À la fin des années 1990, il réalise à la manière des géants des fêtes flamandes, La Géante Iris Clert, messagère des arts, (1997). Il procède à des montages photographiques mis en page comme à l'écran informatique, avec menu et ascenseur, es images étant, pour d'aucunes originales, pour d'autres puisées dans une banque; ce sont des Macintoshages ; on y voit, dans une mise en page d'écran d'ordinateur, Klein* costumé voisinant avec la Reddition de Breda. Artiste polyvalent dont le commun dénominateur est le jeu de mots, fabriqué par la bouche ou par la main d'un grand ludisme.

Expositions : 1948, Colette Allendy, Paris (P) et 1957, La Loi du 29 juillet 1881, en commun avec La Vlléglé ; 1961, The Art of Assemblage, Museum of Modern Art, New York, (G), 1976, Lara Vincy, Paris, (P) ; 1994, 2000, Daniel Templon, (P).

R├ętrospective : 1976, CNAC, Paris ; 1990, 2001, Centre Pompidou, Paris.

Citation(s) : Il a dit :
- Inventer, pour moi, c'est aller au-devant de mes oeuvres. Mes oeuvres existaient avant moi, mais on ne les voyait pas parce qu'elles crevaient les yeux.
- Nous allons vendre des affiches lacérées comme on vend des tapis d'Orient, (1959).