Fiche de présentation

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LE GAC, Jean

né le 6 mai 1936 à Alès, Gard, France; mère célibataire de moins de 17 ans; porte le nom de son grand-père, Constantin Stavros yriakos, mineur à Carmaux; 1958-1967, enseigne le dessin à Béthune; 1959, sa mère épouse Georges Le Gac, mineur, qui dès 1943 lui a donné son nom; sa vocation naît, la même année, en voyant un peintre paysagiste du dimanche ; vit à Paris.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : C'est vers la fin des années 60 qu'il s'affirme comme l'évocateur, le récupérateur, le conservateur des mythologies des années Fantomas, (1910) qui ont peuplé son imaginaire d'enfant dans leurs éditions illustrées populaires du premier quart du XXe siècle Il les réinterprète, joue de la photo, du pastel ou de l'acrylique juxtaposés, l'un reprenant l'autre, dans des teintes sourdes comme la peinture de Vuillard*, avec une dominante grège de toile brute, Histoire d'art avec peintre de mon enfance, (1987). ; la matité suggère et prolonge l'illusion de l'impression d'autrefois. Cette dialectique transcende l'anecdote ou la référence culturelle. Un texte-légende dans le tableau raconte les circonstances de l'élaboration de l'oeuvre. C'est un vrai narrateur, qui se saisit d'un arrêt sur image-prétexte pour le transformer en tableau. Il n'arrête pas de se souvenir, avec cette phrase écrite en cursive sur tous ses tableaux de 1989 : " Dans sa petite enfance, la vue d'un peintre du dimanche déclenche sa vocation; à la fin de sa vie, pour suivre ce fantasme du peintre amateur en copiant pour se délasser les images des livres de sa jeunesse, il veut atteindre l'étape suprême de celui qui, tout en se sachant capable de produire une oeuvre, a préféré l'audace de ne jamais la commencer. " Les tableaux sont accompagnés de tableautins accessoires, photographies en couleurs du peintre peignant ou planches d'illustrés originaux, jusqu'à des environnements* où tout ce matériel est accompagné d'une machine à écrire sur guéridon comportant la première phrase du récit, Story Art avec sphinx, (1988), ou d'un écran aveugle émettant un texte, La Vocation, (1990). Il peint des diptyques dont un panneau représente en trompe l'oeil des dos de livres, d'une hauteur de près de 2 m, tandis que l'autre, légèrement surhaussé, affiche une scène choisie parmi ceux-ci. Une fois épuisées les références aux magazines de l'époque d'Arsène Lupin, il fouille, en 1994, dans ceux qui participent à la conquête coloniale, romans exotiques aux illustrations faites aussi bien de figures que de masques et d'agents secrets de Sa Majesté ou de la République, et les double d'écrans sur lesquels défilent des vidéos* de voyages. Toutes ses compositions ont une dimension policière, soit que le peintre soit assassiné sur le motif, Le Linceul du peintre, (1988-1989), soit que, sous les herbes séchées et collées, apparaissent la silhouette de limiers ou de bandits, L'Herbier, (1995). Le " récit " éclate en plusieurs tableaux, regroupés autour d'un thème principal récurrent, des variations d'un ême détail, des explications manuscrites, des herbiers, des photos couleurs. Se limitant à ces dernières, il obtient en très grand format une imagerie saisissante, Les Fantômes, avec une Sieste dans le Midi, (1992) où l'artiste, endormi sur un seuil, est appréhendé au travers de ramures dépouillées. À la fin des années 90, il oppose le pastel de femmes de bordels peintes d'après photos, pour garder la distance, à des " collages " de vêtement masculin, dolman, blouse de marin ou pantalon gansé. Il devient une sorte de Rauschenberg anachronique. Il plonge dans le moderne avec une série d'Adieu à Picasso, (2008), qui sont anthologiques du maître, ou juxtaposant une Demoiselle d'Avignon avec une femme aguichante d'aujourd'hui , dans une palette d'un beige cubiste*. Il a quelque parenté avec les conceptualistes* puisque son oeuvre se veut réflexion sur l'imaginaire du passé, le souvenir, la mémoire, mais il s'en sépare radicalement en apportant toute une charge potique. Il est aussi photographe et présente des clichés sagement disposés, accompagnés de textes prolixes.

Expositions : 1970, 1998, Daniel Templon, Paris (P); 1972, Documenta, Kassel; 1984, musée d'art moderne de la ville, Paris, (P).

R├ętrospective : 1977, Kunstverein, Hambourg, Lembachhaus, Munich et Samlung Ludwig, Aix-la-Chapelle.1978, centre Pompidou, Paris;  1984, Arc, Paris; 1992, Bädischer Kunstverein, Karlsruhe et Stadtgalerie, Saarbrücke; 2002, 2003, château Villeneuve, Vence; 2006, Villa Tamaris, La Seynesur-Mer.

Lieux publics : 1986, Pignon peint, 52, rue de Belleville, Paris XXe; 1991, verrière (feuille de plastique traitée en sérigraphie entre deux glaces épaisses) de la gare, Colmar; 1992, 4 cellules dans le fort de l'île Sainte-Marguerite, Alpes-Maritimes, évoquant le Masque de fer, la smala d'Abd-el-Kader qui y fut retenue et Lawrence d'Arabie.