Fiche de présentation

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GLEIZES, Albert

né le 8 décembre 1881 à Paris, France, fils de Sylvain Gleizes, peintre amatieur ; 1900, travaille dans l'atelier paternel de dessin sur tissu ;  1901, premier tableau en autodidacte ; 1906-1908, fonde le groupe de l'abbaye de Créteil ; 1914-1915, participe à la guerre ; 1915, épouse Juliette Roche* ; 1915-1919, vit à New York ; 1918, commence à être préoccupé par les problèmes moraux, métaphysiques et religieux ; 1921, forme des éléves ; 1927, constitue à Moby-Sabata une communauté agricole et artisanale ; 1930, participe à Abstraction-Création* ; 1939, essaie de promouvoir une communauté d'agriculteurs et d'intellectuels aux Méjades, Saint-Rémy-de-Provence ; 1941, revient au catholicisme ; 1953, meurt le 23 juin en Avignon ; 2013, dispersion d'atelier par Rémy Le Fur à Paris.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Très rapidement, il s'aperçoit qu'il ne trouve pas sa voie dans l'impressionnisme finissant, (1901-1905). Il lui faut une manière plus construite, plus ductile. Il se tourne alors vers les fauves*, Au parc de Saint-Cloud, (1907), puis il trace de longues coulées, qui doivent quelque chose à Munch*, Paysage des Pyrénées, (1908, FNAC), dans lesquelles on trouve le souci de la charpente, de la géométrisation, voire du cloisonnisme synthétique, Le Marché basque, (1908).  On a aussi Maison dans les arbres, (1910, MBALy), Portrait de J. Nayrel, Au port, (1911, Tate), presque futuriste* par son décor en tourbillon dans lequel le personnage se fond.
Dès 1912, il se plie à une mutation. L'Homme au balcon, (1912, PMA) ou Les Arbres,  puis Paysage cubiste, (1914), en découpant ses sujets comme des cartes postales et en les reconstituant en éventail, La Mère et la soeur, (1914), ou  Au port, (1917, Th-B) et Bord de la Marne, (1919, MBALy), d'un réalisme fantomatique ; son souci de la simplification également, Portrait d'homme, (s. d., FNAC), dont la sobriété anticipe vraisemblablement celle des portraits de Matisse* de l'année 1917. C'est dès 1911 que le souci de la structure est prépondérant et que Gleizes entre en cubisme, analytique et synthétique mêlés : Les Baigneuses, (1912, MAMVP), L'éditeur Fiquière, (1913, MBALy) ou Portrait de Strawinsky, (1914) sont synthétiques tandis que Portrait de Madame Julienne Roche, (1915, MBALy) ou New York,(1915) sont analytiques, alors que Paysage aux personnages, (1911, MNAM) ou Paysage des Bermudes, (1917, MNAM) sont simplement cézanniens. La rigueur de Compotier à deux personnages, (1920, FNAC) et de La Vieille Dame, (1922, FNAC) le rapproche du Gris* de 1911.
En 1915, le Gleizes sui generis naît, Le Chant de guerre, portrait de Florent Schmitt, (1915, MNAM) et durant l'année-charnière 1920 ; Composition, (1923)..
Il est habité par l'architecture du tableau qui va évoluer rapidement de l'abstraction à la non-figuration*. Ses sources d' inspiration sont médiévales ; il retrouve dans les tympans romans ou dans les retables du trecento, des carrés qui signifient l'espace, des courbes qui signifient le temps, et des cercles qui signifient l'éternité - en 1917, Les Clowns, (MAMVP) était déjà construit sur des cercles qui annonçaient l'abstraction future.
Il amalgame ces trois composantes et y introduit le mouvement, soit en entassant ces géométries, Composition, (1921), soitt en les faisant basculer, Grande Composition, (1923, FNAC), soit en les enrubannant de cercles gris, Élément central des sept éléments, (1924, FNAC).
La couleur et le cercle font donc irruption dans ce cubisme de la deuxième génération, qui suit immédiatement celui des créateurs, fasciné par les structures de l'art roman, les auréoles, les nimbes, les plis des tissus de la sculpture, mais aussi par les éléments décoratifs de l'art celte, Sept Éléments, (1924, FNAC), ou Écuyère, (1920-1927, MNAM), ou encore Triptyque, (1943, MBALy). Le régime des à-plats tout simples s'est complexifié progressivement par l'adjonction d'éléments composites : damiers, astragales, ondulations. Çà et là, ces motifs souples sont teintés d'anthropomorphisme, résidus de l'abstraction, Maternité, (1947) et relaient les motifs rectangulaires longitudinaux dont il habille la construction ternaire de ses fonds. Progressivement aussi, le rythme de la toile est interrompu par la solution de continuité apportée à ces éléments décoratifs, puis par la discontinuité de la couleur au sein d'une même forme, enfin par un mouchetage ou par l'application de la couleur en nuages sans contours précis, en dehors de la limite naturelle du graphisme.
En 1932, il théorise : Vers une conscience plastique, la forme et l'histoire ; il y reproduit le Christ du portail de Montoire, du XIIIe siècle. Pour reconstituer son cheminement de l'art figuratif à la non-figuration en passant par l'abstraction*, la série des Portraits de Mrs Walter Fleisher, de 1918 à 1943 (FNAC), est importante, et si on supprime un maillon on perd pied : dans l'œuvre de 1943, il n'y a plus que la structure de celle de 1918 et il faut avoir cette dernière en tête pour retrouver la tête, l'épaule, le damier du lit, les perles du collier. L'un de ces portraits, celui de 1926, est cubiste* synthétique, tandis que les autres sont propres à son style. Les genres pratiqués se moquent de la chronologie.
En pleine non-figuration, il produit des œuvres abstraites. Il y a un dépouillement d'épure dans la Crucifixion, (1927) et il ne s'agit plus d'une vision cérébralisée, ce qui serait le premier degré de l'abstraction*, mais d'une ellipse de la réalité réduite à ses lignes signifiantes, quelques traits pour les pieds, autant pour le torse et les côtes, etc. De même, le Couronnement de la vierge, est bâti d'après la réalité de Fra Angelico, mais ramène aux quelques traits et contours indispensables pour la reconnaissance du sujet par un esprit averti.
À partir de 1943, il s'affranchit de toute réminiscence cubiste* ; il est non-figuratif*. Ses toiles sont plus légères, les couleurs moins compactes, le blanc plus fréquent ; il se dégage de son œuvre un lyrisme favorisé par l'arrondi et la dissociation des éléments de la structure. La Libellule, (1950-1951, FNAC), sa dernière toile, résume cette réconciliation de la forme et du lyrisme. Ses toiles sont souvent peintes à la colle sur d'anciennes toiles à matelas décorées de fleurs de lys : double motif d'une mauvaise conservation, mais aussi d'un charme désuet, massacré lorsque la restauration veut actualiser les couleurs, Espace, rythmé selon plan, (1920, MPSG).
Il est aussi, dans les années 20, l'auteur de pochoirs multiples différemment coloriés, et graveur, notamment en 1949-1950, avec cinquante illustrations des Pensées de Pascal.
Il ne cesse de passer de la réalité à lanon)figuration*

Expositions : 1902, Société Nationale des Beaux-arts, Paris ; 1911, Salon des Indépendants, Paris ; 1912, Stedelijk Museum, La Haye, (G) ; 1916, Dalmau, Barcelone ; 1920, L'Effort moderne, Paris.

Musées : Musée des Beaux-Arts de Lyon, panorama de toiles de 1905 à 1943. Fondation Gleizes, Paris. Centre Pompidou, Paris, 42 oeuvres.

Lieux publics : Triptyque, église Sainte-Blanche de Serrières.

Bibliographie(s) : Daniel Robbins, Catalogue raisonné, 2 vol. Somogy, Paris, 1998.

Archives : Fonds national d'art contemporain, legs de Mme Juliette Roche Gleizes à charge de créeer Fondation Gleizes, légataire universelle.