Fiche de présentation

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SPILLIAERT, Léon

né le 28 juillet 1881 à Ostende, Flandre, Belgique ; 1898, premières oeuvres ; 1899, Beaux-Arts de Bruges ; 1904, prend contact avec le marchand Clovis Sagot à Paris ; 1913, rencontre Permeke*; 1923, débute une série de séjours d'hiver à Grasse ; 1937, découvre les Fagnes à l'est de Liège ; 1946, meurt le 23 novembre à Bruxelles.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Est-ce la rencontre avec Permeke en 1913 et la découverte d'une monumentalité si différente de son style ? Est-ce le mariage en 1916, et l'acquis de la sérénité ? Toujours est-il qu'il peignit une dizaine d'années avec génie, puis survécut avec quelques moments de grâce.
Il est symboliste, lié à son aîné Munch* auquel il sait emprunter avec telle courbe débride les ferments de l'expressionnisme* qui sommeillait; mais il est aussi parent de son cadet De Chirico* par l'inquiétude dont il habite les paysages crépusculaires d'Ostende.
Vers 1920, il déclare : " J'ai perdu la magie. Toute mon oeuvre était faite à ving ans . " C'est évidemment exagéré, puisque ce serait considérer comme terminus ad quem l'année 1901 qui, en réalité, est son terminus a quo. Son génie tient dans l'angoisse de ses portraits, souvent des autoportraits aux yeux exorbités, au jeu tragique des éclairages sur le visage, à l'usage presque exclusif des noirs et des blancs avec quelque rehaut de couleur pâle, Dame au chapeau rose, (1904, MBOst), les deux Autoportrait, presque identiques, (1907, MRBABxs), le troisème Autoportrait au miroir, (1908, MBOst), le plus tragique avec l'oeil gauche agrandi par l'épouvante, et la bouche réprimant un cri. De 1902 à 1915, il en peint plus d'une vingtaine qui rendent davantage son psychisme que son physique si on en croit ses photos de bon bourgeois. Ses paysages maritimes mêlent la courbe de la mer à la droite fuyante de la jetée ; l'immensité se conjugue avec le vide dans une clarté nocturne piquée de quelques lampadaires, Femme sur la digue, (1908, MRBABx), que d'un regard de grand angle, Galeries royales d'Ostende, (1908, ibid), Plage, (1909, CCB) . Quelques intérieurs aussi expriment la même inquiétude de l'attente, Salle de table d'hôtes, le restaurant, (1904, MRBABx), Intérieur, Deux novembre, (1907, MHKG), La Chambre à coucher, (1908, XL). Un peu plus tard, il découvre et l'abstraction* avec Dirigeable dans son hangar, (1910, MRBABx), deux versions, vu frontalement sur nuages stylisés, et l'art ornemental avec les reflets dans l'eau à la manière de l'école viennoise, Baigneuse assise, (1910, ibid.) et sa technique se rapproche de celle des nabis, Les Habits blancs, draps blancs, (1910, MHKG), Fillette aux bas blancs, (1910, MHKG). Il y aura encore l'étonnante Écuyère, (1913), et puis... plus grand-chose.
L'ère Spilliaert est close qui a fondu dans le même creuset l'expressionnisme* de Verhaeren et le symbolisme de Maeterlinck... plus grand-chose, si ce n'est des oeuvres banales, non dénuées de talent, mais dont tout mystère a disparu, L'Arbre aux oiseaux, (1934). Il y a bien de temps en temps un moment d'exception lorsqu'il retrouve sa Forêt enneigée, (1936), en  plaine, ou sa mer du Nord qu'il fait miroiter en longue bandes vives, ce sont de Marine jaune, l'or de Neptune, (1921) à Marine bleue, (1934), en passant par Marine, (1923, MPSG), une des rares huiles qu'il ait peintes, son matériau étant le pastel. Le Portraity de Jacqueline Manteau, (1923) est aucrayons de couleur
De nombreuses oeuvres dont on a perdu la trace se trouvent en France.
En 1937, on lui fait voir les Fagnes; ce sera pour lui un déracinement, comme la Suisse le fut pour Servaes* : il peint des arbres pleins de joliesse jusqu'à la fin de sa vie - avec un exceptionnel Arbres, (1941, MRABx), fantomatique. L'angoisse, la folie, la mort avaient besoin de la Flandre.

Expositions : 1929, Giroux, Bruxelles.

Rétrospective : 1946, palais des Beaux-Arts, Bruxelles ; 1981, Grand Palais, Paris ; 2006, Musées royaux des Beaux-arts, Bruxelles.