Fiche de présentation

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MOTHERWELL, Robert Burns

né en 1915 à Aberdeen, État de Washington, États-Unis d'Amérique ; 1932, California School of Fine Arts, San Francisco ; il étudie également la psychanalyse et les lettres françaises modernes et contemporaines;  1935-1939, nombreux voyages en Europe ; 1937, diplômé de philosophie de l'université de Standford ; 1938, séjourne en France ; 1940, suit les cours d'histoire de l'art et de psychologie de l'université de Columbia ; rencontre les srréalistes* français en exil ; 1941, se consacre à la peinture ; 1943, s'adonne aux collages ; 1951-1958, enseigne au Hunter College ; 1958, épouse Helen Frankenthaler*; 1971, en divorce ; 1991, meurt le 16 juillet à Provincetown, Massachusetts, d'une congestin cérébrale.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : " The French Painter ". Si cette appellation lui convient parfaitement comme suite à sa formation intellectuelle, jamais elle ne lui est attribuée de ce côté de l'Atlantique, tant sa peinture le rattache à l'École de New York* par sa monuentalité et sa frontalité. Encore que ses oeuvres du début des années 40 montrent sa dette envers Picasso*, Miró* et les grands européens qu'il inclut dans la collection qu'il dirige, " Documents sur l'art du XXe siècle ". Pancho Villa, Dead and Alive, (1943, MoMA) et The Homeley Protestant, (1948, MET), avec leurs collages de papiers, et d'objets, leurs coups de brosse informels, illustrent ses débuts.
Son oeuvre a deux versants, celui de la tragédie et celui de la sérénité, celui des Élégies et celui des Opens. La série des Élégies commence en 1948, par un tableau de petite dimension dans lequel s'organisent des poutres et des formes ovoïdes, noires sur fond blanc, d'une venue analogue à celle employée à la même époque par Soulages*. Dès l'année suivante, cette " esquisse ", dite Elegy to the Spanish Republic n° 1, (1949) est traduite en toiles immenses de plusieurs mètres carrés, Je t'aime, (1955-1957, SMKM), N°108, (1965, MoMA), New-Amsterdam Painting, (1966, SMA). Parfois la marée noire envahit la plage beige de la toile jusqu'à la recouvrir en presque totalité. Totemic Figure, (1958) rapproche sa démarche de celles de Burri* ou Tàpies*, vaste surface badigeonnée pour partie en rouille. En 1977, la série totalisait quelque 130 oeuvres. Mais en 1990, il continue ces Élégies en forme de noix serrée dans des pinces.
L'autre versant, celui de la sérénité, c'est celui des toiles dites Opens, Un jour de 1967, il remarque deux toiles monochromes posées, dans son atelier, l'une sur l'autre ; il trace un trait autour de la plus petite et retourne la grande : une fenêtre venait de s'ouvrir vers le haut de la toile. La couleur est offert au regard avec, pour la souligner, la rigueur linéaire d'une échappée ou de quelques traits verticaux comme dans la suite des cinq toiles bleues inégales, The Blue Painting Lesson, (1973). Si dans Open n° 35, Ran Umber, (1968, MET), la couleur n'est pas la même dans la fenêtre et autour d'elle, dans Phoenician Red Studio, (1977), l'ouverture propose deux caractères cunéiformes situés dans une dépression de la couleur rouge ambiante. Brochant ces deux versants - après quelqes années durant lesquelles il semble surtout avoir été influencé par Klee*, il ne cesse de pratiquer, depuis 1945, les collages, la plupart du temps de grandes dimensions, non pour résoudre un problème de perspective comme Braque* et Picasso*, mais par association d'idées, comme chez le psychanalyste, " une forme de jeu et de je ", (G. Breerette), Collage n° 2, (1945), papiers collés, assemblés et repeints. Il s'est spécialisé dans l'emploi de papiers adressés à l'expéditeur, d'étiquettes, de factures, de timbres, de partitions provenant d'éditeurs, de bibliothèques, d'imprimeries. Le collage se fait pour mettre en valeur ces résidus sur un jeté de papier peint ou autre, souvent de couleur gaie, découpé ou déchiré igoureusement. " Les collages sont un substitut moderne de la nature morte. La nature morte traditionnelle est une chose curieuse pour les Américains tandis qu'en Europe elle est tout à fait naturelle, puisqu'on en voit une à la fin de chaque repas [...].En général j'utilise peu de couleurs, le jaune ocre, le vermillon, l'orange, le vert cadmin, le bleu ultramarin. J'utilise généralement chaque couleur de façon purement symbolique, l'ocre pour la terre, le vert pour l'herbe, le bleu pour le ciel et la mer Le noir et le bleu que j'utilise le plus souvent ont tendance à devenir des protagonistes. Je commence en général un tableau par un gribouillage ou par une tache liquide comme une image de Rorschach (mais sans la plier) ou bien une ligne ou un point, ou ar un morceau de papier, jeté au hasard, sur ce qui deviendra un collage. En général je commence à peindre un tableau à même le sol (la forme des taches liquides est plus contrôlable) le plus important c'est que la signification de la surface à peindre es, dans son ensemble plus évidente quand elle est à vos pieds, qu'elle n'est pas cassée par l'espace tridimensionnel, comme il arrive quand on est debout, bien que l'on regarde un horizon imaginaire. Je peins rarement l'horizon à cause de son illusionnisme. Pour présenter l'intégralité du plan pictural, je dois convertir l'horizon en une bande'. Surprise and Inspiration, (1943, FPG), collage recouvert de couleurs informelles, The Voyage, (1949, MoMA), penture à la manière d'un collage imitant les papiers découpés. À la fin des années 80, apparaît, après de grands continents noirs sur océan ocre, une toile biomorphe à la dominante rose, The Feminine, (1989), différente par la forme du reste de son oeuvre et retrouvant les couleurs fraîches des années 70. Il est aussi graveur, de 1960 à 1989.

Expositions : 1939, Raymond Duncan, Paris ; 1944, Art of this Century, New York.

Rétrospective : 1964, Musée d'Art moderne, New York ; 1975, Musée d'Art moderne, Mexico;  1977, Musée d'Art moderne de la ville, Paris.

Musées : Musée Motherwell, Greenwich, Connecticut.

Citation(s) : Il a dit :
-  Mon père avait un vignoble dans la Napa Valley. Je grandis dans un paysage pas du tout différent de la Provence, ou du plateau central espagnol, ou de certaines régions d'Italie ou de la Méditerranée. Dans de tels paysages, les couleurs sont spécifiques, intenses et claires, les contours sont aigus, les ombres noires. L'inverse de la lumière du Nord. Rembrandt à Rome est inconcevable, comme Piero della Francesca l'est à Amsterdam. Les collines de Californie sont ocre la moitié de l'année [...] ma soit-disant francophilie n'est pas un goût acquis mais l'intégration, mais une sorte de regard que m'ont procurés mon enfance et mon adolescence. Un Cézanne ou un Matisse, peints en Provence me sont plus naturels qu'une image d'un métro new-yorkais. Cézanne et Matisse furent mes premiers amours en peinture moderne.
- Les papiers dans mes collages sont en général des choses familières qui font partie de ma vie. Il y a quelques années, en Amérique, alors que je regardais une rétrospective de mes collages, ont surgi des morceaux entiers de mon passé. Là, confronté aussi bien à des oeuvres relativement abstraites, je retrouvai le climat général de ma vie personnelle. J'éprouvai ce que ressent Proust avec sa madeleine, mais comment transmettre cela au public? Quand je n'arrive pas à peindre, j'ai recours aux collages. Sur ma table attend tout un matériel, tout un répertoire; c'est comme si j'avais des phrases prête, comme si " ludiquement " je pouvais les changer, les juxtaposer, les éliminer, les transposer avant de les coller. Puis, au bout de deux semaines, ou de deux mois, je me défends et à nouveau, je peinds. ".