Fiche de présentation

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KANDINSKY, Wassily

né le 4 décembre 1866 à Moscou, Russie ; 1886, études de droit ; 1893, attaché à la faculté de droit de Moscou ; 1895, directeur artistique d'une imprimerie ; 1897, commence des études artistiques à l'académie de Munich ; 1902, rencontre Gabrielle Münter* ; 1906, séjourne à Paris ; 1908, à Munich ; 1909, rédige 'Du spirituel dans l'art' ; 1911, fonde le Blaue Reiter* avec Franz Marc* ; 1915, ne peint pas durant un an et s'installe à Moscou ; 1917, épouse Nina von Andreevsky ; 1918, membre de la section des beaux-arts au commissariat pour l'Instruction publique ; crée 22 nouveaux musées ; professeur aux ateliers d'art libre de l'État ; 1919, crée l'Inkhuk* ; 1920, s'en retire ; 1921, vice-président de l'Académie russe des sciences artistiques à Moscou ; 1921, gagne l'Allemagne ; 1922, s'installe à Weimar et enseigne au Bauhaus* ; 1928, naturalisé allemand ; 1933, s'installe définitivement à Paris ; 1937, 57 œuvres sont confisquées par les nazis dont certaines figurent à l'exposition de l'Art dégénéré* ; 1939, naturalisé français ; 1944, meurt le 13 décembre ; est enterré au cimetière de Neuilly (Hauts-de-Seine) ; 1980, le 2 septembre, la femme d'Oskar Schlemmer* trouve Nina Kandinsky assassinée dans son chalet à Gstadt, Suisse.
Signatures : K dans un triangle équilatéral au sommet vers le haut, ou K dans un angle ouvert vers la droite ; ces signatures apparaissant avec l'abstraction* ; auparavant, il use de la totalité de son nom.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Appellations :
Il use du mot  "impression" pour désigner celles de ses œuvres qu'il conduira de la nature à l'abstraction, du mot "improvisation" pour celles qui jailliront d'une pulsion intérieure et du mot "composition" pour celles qui seront longuement élaborées. Il est successivement expressionniste* (il fut le créateur du Blaue Reiter), abstrait* lyrique et abstrait géométrique, mais aucune de ces périodes n'est strictement tranchée, chaque mutation étant suivie de reprises, de retours sur soi.
L'œuvre peut être répartie en grandes périodes qui découlent l'une de l'autre, dans lesquelles le graphisme diffère quand la palette est constante.
Les débuts :
Le Port d'Odessa (ca. 1899, GTM), laborieuse composition post-impressionniste*. Étourderie, (1901, GTM), sa manière le rapproche très rapidement de l'avant-garde expressionniste allemande, c'est-à-dire, à l'époque, de Die Brücke*, Église rouge, (1901, MRL), même si l'essentiel de la production est post-impressionniste, expressionnisante avec Munich Schwabing, (1901, GTM), légèrement divisionniste avec Vieille Ville, (1902, MNAM), dans une palette tassée, La Vie mélangée, (1906, SGLM), peint à Paris, tout imprégné de souvenirs et de folklore russe.
De 1902 à 1910, il produit une série de xylographies en couleurs, symbolisantes, Sur la plage, (1903, SMKM) et La Nuit du clair de lune, (1904, GTM) et encore une aimable gouache Les Roses, (1905), décorative, relevant de l'illustration.
Murnau (1908-1914) : ou le triomphe de l'abstraction.
Il gagne sa liberté quant au choix des couleurs, Paysage à Murnau, (1908, ERM), Paysage à la tour, (1908, MNAM), et quant à la perspective qui s'aplatit, Montagne bleue,(1908, SGM). Les volumes sont séparés par les couleurs elles-mêmes, traitées dans un dégradé prononcé des touches ; puis elles seront séparées par un fin trait sombre, Hiver I, (1909, ERM) ou 'Improvisation III, (1909, MNAM) ; les volumes ainsi affermis sont traités en à-plats, unis ou dégradés, souvent surchargés de mouchetures multicolores ; la masse des couleurs peut aussi se structurer par les formes s'équilibrant l'une l'autre, Crinoline ', (1909, GTM) ou Improvisation VI, n° 96, (1909, SGLM).
Cette prédominance du trait marque le pas décisif vers l'abstraction*, ou Improvisation VII, (1910, GTM), devant laquelle des moujiks auraient dit, selon Nina Kandinsky, On se croit dans une église, tant les couleurs en masses charpentées, de bord à bord de la toile, peuvent évoquer la chaleur vibrante des intérieurs de chapelle crépitant de cierges. On retrouve cet aspect iconique dans Improvisation de formes froides, (1915, GTM) ou dans la figuration du Cavalier, (1914, GTM).
À défaut d'être une œuvre importante plastiquement, Sans titre, aquarelle (1910, MNAM) le serait historiquement, une trentaine de taches informes sur fond blanc, avec des lignes noires ondulantes. En fait on découvre qu'elle date de 1914 et est signée en 1936. Lui-même déclare comme première une une œuvre abstraite, une toile frappée d'une forme ronde qui deviendra cercle ultérieurement Peinture avec cercle, (1911, musée de Géorgie, Tblissi). C'est la première œuvre non-figurative* et spécialement la première œuvre de l'abstraction* lyrique ; elle est le fruit du hasard. Selon d'autres, il l'aurait réalisé, en voyant des mandalas, qu'un tableau peut ne pas être figuratif s'il interpelle le mental. D'aucuns la datent, non de 1910, comme l'ont fait l'auteur et sa femme, mais de 1913.
De 1908 à 1914, il peint une série sur verre (LMH). Il indique clairement comment il pratique le verbe abstraire, dans son sens gérondif ; les dessins préparatoires en rendent compte : la structure d'une montagne, d'un cheval est établie, qui se traduit par leurs résidus en traits noirs puis, quand ils auront disparu, en simple juxtaposition de volumes colorés, Improvisation XIV, (1910, MNAM), Avec l'arc, (1912, MNAM), Tache noire, (1912, MRL), Improvisation XX, (1911, MAPP), Paysage, (1913, MRL). Sans doute, Saint George III, (1911, SGLM), comme Composition VI, (1913, MRL) forment-elles une charnière entre l'abstraction et la non-figuration* ; elles suggèrent le déluge avec l'arrondi des montagnes, les harpes de pluie, les cinq doigts de la divinité dans un nuage rouge. Composition VII, (1913, GTM) n'a plus de référence à la réalité, directement lisible, ce n'est plus qu'un maelström de couleurs vives et de gratuité. L'abstraction tourbillonne, Composition à la tache rouge, (1914, MNAM) ; le tout évoque encore un paysage de montagne, un lac, un bateau ; Improvisation aux formes froides, (1914, GTM).
Moscou (1915-1921) : ou le triomphe de la non-figuration et de l'abstraction lyrique.
Entre 1914 et 1916, il dessine ou donne des aquarelles. Pas de peinture au sens de l'usage de l'huile. Vient alors le règne de la non-figuration tourbillonnante, la plupart du temps de couleurs vives, Tableau sur fond clair, (1916, MNAM), parfois en couleurs sombres, avec sa couleur "bue" par une tache, Crépuscule, (1917, MRL). Les formes, les motifs, les éléments figuratifs sont miniaturisés, relèvent du détail saisi par une force centripète, Improvisation gorge, (1914, LMH).
En 1916, il produit une suite de gravures à la pointe sèche, tirées à dix exemplaires. Place rouge, (1917, GTM), indique qu'il peut revenir à une certaine figuration traitée dans le mode folklorique, ou Étude pour Saint Georges, (1917, GTM), voire totalement figurative, À Moscou, vue de la fenêtre, (1919 et 1920, GTM).
En 1919, c'est l'aboutissement de son évolution et le second début de l'abstraction* géométrique, non-figurative, Ovale blanc, (1919, GTM) ou Sur fond blanc, (1920, MRL).
Weimar et Dessau, le Bauhaus (1922-1933) : ou l'abstraction* géométrique
Les ectoplasmes, les fantômes emballés dans leurs linceuls précis, les gouttes de joaillerie finement ciselées vont progressivement le céder aux géométries rigoureusement agencées, se mouvant sur fond uni, comme on pourrait les voir dans un kaléidoscope, Deux, (1924), un plan de ville filiforme face à un autre aux plans d'occupation des sols grisés ou dans Variation en triangle, (1927), ou encore Tableau pour une exposition, (1928) c'est la nécessité et l'équilibre qui décident, la profondeur de champ aussi, Segment bleu' (1921, SGM), Sur blanc II' (1923, MNAM) ou Dans le carré noir (1923, SGM). Cercle multicolore, (1921, Yale) a peut-être été la première toile au géométrisme "sec" .
La géométrisation se radicalise pour culminer avec Composition rose, (1923, MNAM) - en fait, il s'agit de marron -, ou Escarpement blanc, (1930, BVB). On voit en 1927 une toile qui est du Vasarely* avant la lettre. Enchâssées dans ces compositions géométriques avec ce que le mot emporte parfois avec lui de lourdeur, quelques toiles de menu format aux délicatesses arachnéennes sont proches de Klee*, Huit Fois, (1929, MNAM) ou Vide vert, (1930, MNAM).
Le foisonnement généreux, chaud et baroque a laissé la place à des géométries de fantaisie certes mais calmes, placides, un peu mornes, Grun, (1931), verts sur vert, une allusion à une tête animale et à une construction anthropomorphe. Il existe deux reconstitutions d'œuvres de cette période grâce aux maquettes conservées : Le Salon du Juryfrei de Berlin, (1922, MNAM) - sur fonds noirs et sur fonds marron, les parois de 10 x 3 m de haut montrent des formes tourbillonnantes, envoûtantes, à la manière de 1920 - et Le Salon de musique, (1931, Str), créé pour l'Exposition internationale d'architecture de Berlin.
Paris (1933-1944).
La production s'est raréfiée puisque, de 1930 à 1940, il ne peint que quarante-quatre tableaux (vingt sont au Musée national d'art moderne de Paris). Il se contente maintenant de fonds unis au détriment de la profondeur et du mouvement., Compassion, (1933, MNAM). Des jouets acides flottent en état d'apesanteur. Les formes "fétiches" ont été cataloguées dans un damier Trente, (1937, MNAM), crêtes, pis de vache, pieds, pointes d'éléphant. Il reprend ainsi un souci de rangement déjà exprimé dans Étages, (1929, SGM) ou dans les bandes alternées de Rayé, (1934, ibid). Une certaine émotion sourd encore de Courbe dominante, (1936, SGM). Le souci de la construction, de la complémentarité et de l'équilibre est toujours prépondérant, Accord réciproque, (1942, MNAM) ou Élan tempéré, (1942, MNAM) et un grand angle isocèle jaune, sur noir avec quelques petites formes accessoires Épanouissement, (1944).

Expositions : 1912, Der Sturm*, Berlin ; 1929, Zak, Paris ; 2012, Danser sa vie, Centre Pompidou, Paris, (G).

Rétrospective : 1937, Kunsthalle, Berne ; 1963, Solomon Guggenheim, New York ; 1972, musée d'Art moderne de la ville, Paris.

Musées : Musée national d'art moderne, Paris, 113 peintures et 899 dessins.
Städtische galerie im Lenbachhaus, Munich, 456 œuvres dont 123 peintures, léguées par Gabriel Münter.
Solomon Guggenheim, New York, 205 œuvres.
Nantes, 11 œuvres de 1922 à 1933.
Les œuvres de ces quatre musées sont regroupées au sein d'une association Kandinsky dont le siège est au centre Georges-Pompidou, Paris, où se trouvent également les archives léguées avec nombre d'œuvres par Nina Kandinsky en 1980, après une première donation de 30 œuvres, en 1976.

Citation(s) :
Il a dit :
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On ne doit pas appréhender l'art avec la raison et la réflexion, mais avec l'âme et l'émotion.

Archives : Centre Pompidou, Paris.