Fiche de présentation

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DUFOUR, Bernard

né le 21 octobre 1922 à Paris, France ; père peintre ; 1943-1945, déporté en Allemagne ; 1946, diplôme d'ingénieur agronome de la même promotion qu'Alain Robbe-Grillet ; fréquente simultanément aux académies libres de Montparnasse* et les Beaux-Arts ; 1975, vit au Pradié subissant un Parkinson.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre - Photographe

Présentation : Au commencement, en 1946, il défend une abstraction* tantôt impressionniste qui ne lâche pas la main à la réalité, tantôt sombrement expressionniste*, à la manière communément partagée dans le milieu des années 50, faite de courbes et de lattis, non-figurative* malgré des titres descriptifs.
A la fin de ces mêmes années, il glisse vers la figuration, avec des moyens qu'il limite; quelques coups de pinceau, un blanc, un noir, d'une frugalité sculpturale, sur la toile grège et l'homme et la femme sont en marche l'un vers l'autre. Durant vingt ans, ses nombreux autoportraits peignent l'anxiété ; il apparaît  au sein de la toile, posée contre un miroir ou opposée à lui, pour le plaisir de jouer des plans ; c'est le théâtre dans le théâtre ; c'est la tentation de retrouver le secret des Ménines, Autoportrait n° 2, (1966-1967, FRAC PACA), à l'académie précise mais fondue dans un voile moutonneux. En 1967, ce sont des tableaux souvenirs sur lesquels l'autoportrait est épinglé au côté d'autres images, des détails de natures mortes sur une toile ébauchée. D'autres autoportraits sont disproportionnés par rapport à la femme qui accompagne comme une compensation d'un complexe d'infériorité. Comme les Femmes-routes, (1964), allongées têtes dans la fuite de gros plans des cuisses comme les bandes doubles d'une autoroute. Dans les années 60, la palette s'éclaircit et use des roses et des bleus au côté de verts feuillus.
La manière devint quelque peu symboliste, même si la fermeté du pinceau empêche que la joliesse gomme la sévérité : c'est ainsi qu'il mêle troncs de femmes et d'arbres ; Martine, (1967), dans des traits décoratifs, le visage de l'homme sévère et celui de la femme, esquissé, font face, comme étrangers l'un à l'autre.Il réduit son graphisme à des rondeurs corporelles, les seins, les fesses, le crâne, dans une allusion proche de celle de De Kooning*, à défaut d'être proche de son chromatisme, puisqu'il développe une srie en beiges, noirs et blancs. En 1991, il prête sa main à l'acteur Piccoli pour le rôle du peintre Frenhofer dans La Belle Noiseuse, de Jacques Rivette, et ce sont des académies traditionnelles (en contradiction avec le propos de Balzac) qui ne résistent pas toujours aux tentations callipyges. Les meilleures de ces compositions sont des nus altiers en majesté.
Viennent, en 1993, des visages frontaux, sans cous, en noir sur fond argenté peints sur verre, dans lesquels on perçoit le tragique de ce qui deviendra " vanité " : femme peinte sur planches posées sur chevalet, avec, à leurs pieds, un crâne (1996). Et comme la mort n'est jamais éloignée de l'érotisme, ce ne sont que Postures, ou Étreintes, dans un ballet de gros plans déformés économe de couleurs, ou tout au contraire opposant un jaune pâle forcé du corps masculin à un rose forcé du corps féminin (1997). Les visages sont effacés, les contours réduits à l'évocation des formes, rebondies et généreuses. Il est aussi céramiste ironique de petites femmes nues dans des scènes ironiques, plage nudiste, adoration d'un (vrai) cactus phallique et rempli de picots, etc.
A compter en1960, il accumule des milliers de photographies qu'il se plaît à manipuler. loin de rechercher l'instant décisif, il donne des nus posés, des natures mortes, le banal, des paysages pris d'un train en marche.Ses  Modèles, posent devant leur peinture et des Diptyques, reprenant en peinture des détails de photos. (ca. 1977).
Il passe sa vieillesse à scruter les typographies des journaux et surtout du Monde, et en tire un sens, des informations, voire un langage crypté, qu'il leur adjoint par l'écriture.

Expositions : 1949, Maeght, Paris, (G) ; 1951, Jeanne Bucher, Paris, (P) ; 1959, Albert Loeb, New York, (P) ; 1995, gal. Beaubourg, Vence, (P) ; Maison Pompidou, Cajarc, (P)

R├ętrospective : 2006, Musée de Strasbourg.