Fiche de présentation

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BRAUNER, Victor

né le 15 juin 1903 à Piatra Néamt, Carpathes, Roumanie, frère aîné de Théodore Brauner*; 1912, est marqué par des séances de spiritisme ; 1921, fréquente durant très peu de temps, les Beaux-Arts de Bucarest ; 1925-1926, séjourne à Paris ; 1930-1935, s'y installe ; 1932, adhère au surréalisme*; 1938-1939, revient à Paris ; 1938, perd un oeil au cours d'une rixe avec Dominguez*; 1940-1945, vit près de Gap, caché parce que sa femme est juive ; 1945, installation définitive à Pari s; 1948, rompt avec le surréalisme par solidarité avec l'exclusion de Matta* qui en est exclu par Breton*; est un moment l'époux de Madeleine Novarona*; 1963, naturalisé français ; 1966, meurt à Paris, le 12 mars et est enterré au cimetière Montmartre.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Ce qu'il a réalisé jusqu'à son arrivée à Paris est resté en Roumanie et est peu connu. On a cependant  Autoportrait à l'oeil qui pleure, (1924), d'une sorte de Munch* ou Sans titre (1925, MPSG), dessin où l'oeil d'une tête-mannequin à chapeau est transpercé par une pièce de métalanthropomorphe. Une toile d'un cubisme* expressionniste*, L'Incendie de la Banque de crédit, (1925, MNAM) ou Portrait d'enfant ,(1928), aux arêtes vives, au coloris fauve.
À compter de 1930, il plonge dans un surréalisme narratif, Composition (ca 1930, musée national de Roumanie), dominé par un volcan éteint que tente de rallumer un monstre cracheur de feu, ou Passivité courtoise, (ca 1930, Musée national de Roumanie), dont le rocher central est enturé d'un toboggan de nuage sur lequel glissent des homoncules. Le Crime du papillon-roi,(1930), hybride ensanglanté, Débris d'une construction d'utilité, (1930) où hommes de chair côtoient hommes de fil de fer dans un espace noir aux déchrures ligneuses.
Il explore d'autres pistes, la Nouvelle objectivité*, Force de concentration de Mr K. (1934, MNAM), diptyque d'homme nu, avec collage de petites poupées en celluloïd, ou Sans titre, (1935), ridiculisant un amalgame de Guillaume II-Hitler ; Dada*. Il regarde De Chirico*, L'Autre Version, (1934, MAMStE) ou Le Simulacre (1934, ibid). Chimère, (1939), baigne dans le symbolisme, L'importance de l'oeil est là, récurrent et lancinant, comme à titre prémonitoire, puisque dans Autoportrait, (1931, MNAM, Paris), un oeil est crevé, et que dans Paysage méditerranéen (1932, MNAM), le personnage masculin principal a l'oeil crevé par une épée frappée d'un D. Ce sont les yeux qui forment le centre du Portrait d'André Breton*, (1934). Les formes braunériennes apparaissent, dans un décor métaphysique, Trio, (1937, MNAM), L'Envoyeur,(1937, ibid) et La Mode (1937, ibid.). Il reprend le surréalisme parlant, Sur le motif, (1937, ibid), se souvient de Miró*, Jeux magiques, (1938), voire Magritte*, Chapeautandem pour savant, Chapeautandembaromètre, chapeautandempolitique, (1938, MPSG). Vingt ans plus tard, c'est Klee* qu'il se rappelle, Souvenir de voyage, (1957), et L'Intelligence, (1956). Jusqu'en 1948, le surréalisme est marqué par la cabale, le spiritisme, la gnose. Les peintures sont cryptées, chaque détail et jusqu'au nombre de lettres de la signature sont chargés d'importance, disent l'exploration des mythes et la célébration des mystères. Rapidement, la tête est hypertrophiée, le visage de profil, les membres élongés, sinueux, entremêlés, aboutissant à une seule tête, Conglomeros fait sa toilette, (1941, MAMVP), le corps atrophié, fait d'à-plats, Composition sur le thème de la Palladiste, (1943, MNAM), préfigurant Antès*. De 1943 à 1946, la peinture est fruste, terreuse, évoquant l'art brut*, L'Homme idéal (1943, MNAM), La Nuit,(1946, MNAM), transposition des cruautés du siècle, comme les hybrides bestiaux qui sont à son répertoire, Oh! Saisons, Oh! Pensées, (1945, MPSG).
De 1945 et jusqu'en 1954, la silhouette du sujet se détache sur fond clair ou sombre uni ou dépouillé, sa latéralité rappelle la peinture amérindienne, voire océanienne, avec ses géométrisations ornementales, Portrait pentaculaire de Novalis, (1945, MNAM), Les Amoureux messagers du nombre, (1947, MNAM), inspré des tarots marseillais. Dans cette période, deux années spécifiques : après l'excommunication de Breton, il se consacre à une longue série d'Onomatomanie, (1948), considérée comme une autoanalyse, peinte à Roneo, près d'Ancône; les monstres sont simplifiés, leur ajustement encore plus sexualisé, et ils se détachent sur des fonds blanc cassé, tous identiques Erotomagie préliminaire, (1948).
. On peut juger en bloc ces années 1948 et 1949, 23 oeuvres étant exposées simultanément aux Sables-d'Olonne. L'érotisme explicite se fond dans,la construction d'ensemble, Victor Victorel à l'hypercoït barbarogène, (1949, SdO). Ensuite, 6 oeuvres à sujet unique, en bas relief, Le Feu, Le Vent, La Terre, La Vie Intérieure, L'Eau, Le Présent, (1950, MCM). Les années 1951-1952, il crée une série de grisailles, au graphisme rappelant Matta*, pour illustrer la révolte des choses contre l'homme, L'Expérience malheureuse, (1951, MNAM) ou Dépolarisation de l'intimité, (1952, ibid.). Un tableau hors normes, Prélude à une civilisation, (1954), trace à l'encaustique, plume et encre, toutes les figurines de la civilisation précolombienne, sur une silhouette d'animal, étendue comme une peau peinte mexicaine. De même, en marge de tout surréalisme, le Portrait de Mme J.B. (1953, MAMVP), à l'expressionnisme* d'autant plus impressionnant que les yeux ont été effacés dans des orbites aveuglées. De 1955 à 1957, les toiles sont géométriques, de teintes agressives fortement contrastées, Prélude à une civilisation, (1956, MPSG) . Durant la dernière période, de 1961 à 1966 (amorcée dès 1951 dans l'une des toiles " précolombiennes ", Oppression de l'objet, la macrocéphalie s'allie à la zoocéphalie, monstres curieux aux lignes courbes, à la structure boschienne, où, comme toujours, l'oeil s'impose à l'attention ; le dessin est devenu d'une grande simplicité, et les teintes assourdies sont égales entre elles ; la cruauté est signifiée par l'importance des dents aiguës, égales comme celles d'une scie dévorant des organes, mordant des phallus. Dès 1965, le cadre participe à la figuration de la toile, il est partie intégrée du sujet, peint avec lui : miroir, femme étendue, rouette ou coupe; la couleur est devenue plus souriante, mais toujours des monstres y règnent avec une sérénité envoûtante, Le Monstre à quatre pattes, (1965, SdO). Il est aussi sculpteur, Signe, (1942), double figure inversée, d'une sérénité égyptienne, ou Nombre (1943, Mus. Cantini, Marseille), homme-femme, bras et jambes écartés, enceint d'un enfant dans un alvéole ventral.

Expositions : 1924, Syndicat des beaux-arts, Bucarest (P) ; 1934, 1946, Pierre, Paris, (P).

Rétrospective : 1972, Musée national d'art moderne, Paris ; 1999 Fondation de l'Hermitage, Lausanne

Musées : Musée national d'art moderne, Paris : 29 peintures, 9 sculptures et 40 dessins, dont l'héroïne est la femme aux multiples bras, ainsi que des archives; musée de l'Abbaye, Les Sables-d'Olonne, Vendée : legs Brauner, 40 oeuvres de 1942 à 1949, dont la série des Onomatomanies, (1948) et Mythologies et Fête des Mères, (1965), 10 oeuvres ; Musée d'Art moderne, Saint-Étienne : 22 peintures de 1930 à 1959, conservées par l'artiste comme repères et léguées par sa veuve, plus 3 000 dessins, une vingtaine de céramiques et les archives, ainsi qu'un centre d'études et de recherches ; Musée Cantini, Marseille : 24 oeuvres ; Musée de Strasbourg.

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