Fiche de présentation

imprimer la fiche

VUILLARD, Édouard

né le 11 novembre 1868 à Cuiseaux, Saône-et-Loire, France; 1885, atelier du peintre académique Maillart; 1888, académie* Julian et diplômé des Beaux-arts de Paris; 1890, rejoint le groupe des nabis; 1928, décès de sa mère avec qui, célibataire, il n'a jamais cessé de vivre; 1940, meurt le 21 juin à La Baule d'un oedème pulmonaire.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Pour commencer, une dizaine d'oeuvres néo-impressionnistes* dont Les Débardeurs, (ante 1890). Puis pendant peu de temps également, il est nabi, influencé par les Japonais : les à-plats se réduisent à quelques formes simplifiées à l'extrême, sans perspective et sans bordures, les couleurs se contentant de se rencontrer, Autoportrait à la canne et au canotier, (1891), séparées parfois par un léger trait, Au lit (1890, MNAM, Paris) ou Portrait de Lugné-Poe, (1891, Rochester University) ; pour ce faire, il use, entre autres, du contre-jour et de ses masses découpées, La Grand-mère de l'artiste, (1891, HIR). Il frôle l'abstraction*, Jeunes Filles se promenant, (1891-892, NGL). Avec Autoportrait, (1890), il anticipe les fauves*. Encore plus évidemment japonais sont les grands panneaux panoramiques La Maisonnette à L'Étang-la-Ville, (1899, Md'O) et Les Premiers Fruits, (1899, NSFP). Il refuse l'ombre et la lumière et se contente d'opposer des couleurs végétales cloisonnées dans de larges taches d'une touche fondue juxtaposée, Le Paysage vu de la fenêtre, (1899, AIC), panneau de 4 x 3 m, décorant la bibliothèque de Natanson. Quant à Panneau décoratif, (1905), c'est la griffe japonisante qui le distingue d'un Turner. Dès 1892, il a un sens de la décoration proche de l'Art nouveau*. Il mêle la jaspure des décors à celle des figures qui s'y fondent ou, au contraire, il obtient un contrepoint entre tentures ou papiers peints chinés. Il use simultanément de l'huile, de la gouache et de la détrempe pour obtenir une matité un peu rugueuse, Le Souper d'Annette, (1900, An). Il est le peintre des scènes intimistes dans lesquelles s'enferme la petite-bourgeoisie, éclairée au gaz. Lorsqu'il passe à des extérieurs, les végétations remplaceront le papier peint dans le même flou retenu, Les Deux Écoliers, (1894, MRBABx). Sa "prise de vue" est souvent insolite, comme celle de Degas, la contre-plongée de face, Déjeuner, (1904), ou latérale, Grand Intérieur aux six personnages, (1897, KZ), la perspective ouverte de face comme un bec, Autour de la lampe, (1909, MAMS), la plongée abrupte, La Partie de dames à Amfreville, (1906). Vers 1905, il aère sa maille serrée décorative, pour ménager des plages de respiration unie, Le Peintre K-X Roussel et sa fille Annette, (1903, BAAG). Il poursuit les panneaux décoratifs, commencés avec ceux destinés à Natanson, avec Paravent à cinq feuilles, La Place Vintimille, (1911), saisis en plongée cinématographique. On lui reproche de s'être renié en devenant le peintre de la bourgeoisie, des salons, des châteaux, des cabinets de notables, compter de 1925. C'est ne retenir que quelques portraits académiques comme ceux du Dr Widmer, (1927) et de Mme Widmer-Cotat, (1928). Mis à part cela, il affirme la perspective et joue même parfois de portes ouvertes en enfilade, Esquise pour un portrait de Maurice Denis, (1929-1930, MAMVP), Esquisse pour un portrait de Bonnard, (1930-1935, MAMVP) et Esquisse pour un portrait de Roussel, (1930-1935, MAMVP), il plante ces peintres au milieu de ler atelier qui les enserre, avec des taches de lumière et des ombres dont la source n'apparaît pas. Comme il joue du miroir qui en reflète un autre jouxtant une porte ouverte, Bouquet de fleurs sur une cheminée aux Clayes (1932, MBALy), avec ses couleurs exceptionnellement vives. Il conserve le secret de l'effet, à la fois chaud et mystérieux, sans que le passage de la lampe à gaz à l'électricité ait fondamentalement modifié sa conception de l'éclairage. Portrait de l'artiste se lavant les mains, (1923) et La Princesse Antoine Bibesco, (1934) ont gardé la simplicité et le camaïeu sourd du Portrait de la Mère de l'Artiste (1920, MBALy). Il joue de l'éclairage dans les tons sourds, beiges, marron, gris mordorés, sans atteindre le frémissement lumineux de Bonnard* dont il est proche par le rendu flou, Annette dans un intérieur, (1903). Le soleil est présent mais invisible, comme les jours de ciel couvert où il faut néanmoins réduire l'ouverture de l'objectif, ciller, mettre des verres fumés. Il est peintre d'intérieurs où la lumière artificielle annoncée est entrée. Bonnard, lui, est peintre d'extérieurs à lumière solaire entrante, Usine de fabrication d'armement (diptyque), Les Tours, La Forge, (1916-1917, MAMT). Il fait entrer le XXe siècle dans le XIXe.
Son oeuvre compte environ 2 500 huiles et autant de pastels, surtout réalisés à la fin de sa vie.

Expositions : 1889, Société des Artistes français, Paris; 1891, La Revue blanche, Paris.

Rétrospective : 1938, 1973, Bernheim-Jeune, Paris ; 1968, Orangerie des Tuileries, Paris;  1990-1991, Lyon, Barcelone, Nantes ; 2003, Grand Palais, Paris.

Musées : Orsay : legs de nombreux tableaux de la période Nabi, en  2011.

Citation(s) : On a dit :
-Vuillard peint comme un fou : il croit vraiment à la réalité de ce qu'il voit. L'homme dit normal s'imagine que Villard interprète" (Suarès, rapporté par Julien Green).
-C'est notre monde à nous, le petit paradis perdu d'avant-guerre. J'aime ces femmes dont les robes se confondent avec le papier des tentures, cette atmosphère de bonheur, et aussi l'extrême humilité de ce grand peintre qui ne cherche jamais à éblouir. Sorti de l'Orangerie, tout m'était Vuillard. (Julien Green).
-La vie des intérieurs, sinon la vie intérieure, retint particulièrement l'activité de Vuillard. (André Lhote).

Bibliographie(s) : Guy Cogeval, Catalogue Raisonné d'Edouard Vuillard, Skira, Paris 2003