Fiche de présentation

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VIEIRA DA SILVA, Hélène

née le 13 juin 1908 à Lisbonne, Portugal ; 1919, commence à dessiner ; 1922, commence à peindre ; 1924, étudie la sculpture ; 1927, étudie l'anatomie aux cours des Beaux-arts organisés par l'école de médecine ; 1928 arrive à Paris où elle suit les cours de Bourdelle à la Grande Chaumière*; 1930, épouse le peintre hongrois Arpad Szenes*; fréquente les cours de Bissière* à l'académie Ranson et découvre l'oeuvre de Torres-Garcia*; de 1940 à 1947, séjourne au Brésil ; 1956, naturalisée française ; 1992, meurt le 6 mars à Paris.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Abstraite*, restant la plupart du temps en liaison avec la réalité figurative, qu'elle réduit en perspectives et en carreaux. Elle renoue avec les lignes fuyantes de la Renaissance et gomme la volonté de toute une génération d'aplatir la représentation et de figurer les sujets sur un seul plan homogène. Ses lignes convergent vers un point central et sont organisées en résille, en échafaudage. Simultanément, la vue, en 1928, de l'exposition Bonnard et de ses toiles où frémissent les carreaux d'une nappe ou la mosaïque des salles de bains, la découverte, en 1932, de Torres-Garcia, et le souvenir des azulejos de sa jeunesse lui font meubler le quadrillage de petites cellules quadrangulaires; lorsqu'elles sont particulièrement denses et riches en couleurs, au point de suggérer des émaux, on retrouve les détails du dernier Klimt* et le rutilement du Jugendstil*, La Machine optique, (1937, MNAM). Pierre Loeb* parle de l'époque "carreaulingienne". Enfin, elle manie la chute chromatique jusqu'à faire s'évanouir les couleurs dans des blancs laiteux et grisés.
À ses débuts, elle a une volonté de simplification ascétique, étique même, Les Balançoires, (1931) ou Marseille blanc, (1931, musée Frieder-Burda). L'importance n'est pas accordée au rendu des figures mais à leur situation dans le jeu des plans déjà organisés en perspectives, comme lorsqu'on regarde un parallélépipède ouvert par un de ses petits côtés, Atelier Lisbonne, (1934). La Chambre à carreaux, (1935) est la première oeuvre dans laquelle le jeu des profondeurs provient de l'incurvation concave des mosaïques. Dans cet esprit, La Scala-les yeux, (1937) rappelle, par le motif cent fois répété, les yeux que Tuculescu* peint, loin de là, à la même époque. Dans Dance Losanges, (1938, MoMA), la draperie se sépare en murs et sol. Les Drapeaux, (1939, KNW), sauvegardent, à travers des petites géométries désormais adoptées et caractéristiques, une figuration, une suggestion, une inspiration. La Partie d'échecs, (1943, MNAM) enclave les joueurs dans la confusion du damier du jeu et de celui de la salle. Exceptionnellment, Ailleurs, (ca.1947), est fait sur plan unique de constructions géométriques comme un jeu en bois. Dans La Bataille des couteaux, (1948, BvB), dans La Véranda, (1948, MBALy), les touches minutieuses verticales, horizontales, diagonales, qui habitent les cellules, ici carrées, là allongées et acérées, sont toujours convergentes, comme aussi dans Bibliothèque, (1949, MNAM). Ici, se rejoignent des coupes transversales croisées de différents "étages". L'harmonie des blancs et gris pour les carreaux et les losanges du Corridor, (1950, Tate), comme celle des beiges et des gris du Promeneur invisible, (1951, MMASF). La placidité de ses austères constructions classiques suggérant le plus souvent des paysages urbains, pylônes, routes, constructions aux plans multiples, se mue parfois en tourbillon, La Ville suspendue, (1952, MCBAL) ou Le Métro aérien, (1955, KNW). De cette même année ,Composition 55, est fait de minuscules carrés noirs et blancs dans une étendue lactescente, imperceptiblement carrelée. Les traits, elliptiques, inachevés, semblent lui échapper dans leur fuite vers l'infini, Grandes Constructions, (1956, MNAM).
Ses formes en grillages déchiquetés évoluent de l'opalescent au lactescent, parfois presque expressionniste*, Les Chevaliers, (1960, PCW), parfois translucides, Stèle, (1964, MNAM), ou Arcane, (1978, Caen), ou Dialogue, (1984-1988, FNAC), avec son damier évanescent.
De temps à autre, une oeuvre inclassable qui déroute, comme Epithalama, (1981) qui pourrait être signée Bissière*, Colorant d'éternité, (1990) qu'aurait pu peindre un expressionniste* de l'école de New York*, ou les quatre dernières gouaches, blanches, cadavériques, prémonitoires, La Lutte avec l'ange, (1992), avec le visage déjà défait, minuscule au sommet d'un long drapé de linceul
. L'oeuvre complet comporte 3 700 numéros.

Expositions : 1933, Jeanne Bucher, Paris.

Rétrospective : 1970, Musée national d'art moderne, Paris ; 1977, musée d'Art moderne de la ville, Paris ; 1988, Fondation Calouste Gulbenkian, Lisbonne, Musée national d'Art moderne, Paris ; 1991, musée d'Art moderne, Bruxelles ; 1994, Centre Pompidou, Paris ; 1999, Fondation Dina Vierny, Paris.

Musées : Musée des Beaux-Arts de Dijon, donation Granville, une trentaine d'oeuvres; Fondation Arpad Szenes-Vieira da Silva, Lisbonne.

Lieux publics : 1966-1976, vitraux de l'église Saint-Jacques, Reims.

Citation(s) : Elle a dit :
- Si j'ai utilisé ces petits carreaux, cette perspective chancelante (c'est moi qui la qualifie ainsi), c'est parce que je ne voyais pas l'intérêt de poursuivre Mondrian ou un autre. Je voulais quelque chose d'autre. Je voulais que les gens ne soient pas passifs. Je voulais qu'ils viennent, je voulais qu'ils participent aux jeux, qu'ils se promènent... Je ne voulais pas de l'évidence mais je voulais qu'il y ait beaucoup de choses sur mon tableau, et pourtant je voulais faire très simple.
- Oui mes toiles peuvent ressembler à de l'architecture. je me suis toujours sentie un peu faible et la peinture est une manière de me construire moi-même.
- Je regarde la rue, les gens marchent à pied et sur différents appareils , à de différentes vitesses,. Je songer aux fils invisibles qui les tirent. Ils n'ont pas le droit de s'arrêter. Je ne les vois plus. J'essaie de voir le rouage qui les meut. Il me semble que cela est, peut-être un peu, ce que je tâche de peindre.

Bibliographie(s) : Guy Weelen et Jean-françois Jaeger, Catalogue raisonné, Skira, 1994.