Fiche de présentation

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RIOPELLE, Jean-Paul

né le 7 octobre 1923 à Montréal, Québec, Canada ; 1933, cours de dessin à l'école St Louis de Gonzague ; 1939 étudie les mathématiques à l'école Polytechnique de Montréal, continue à dessiner en amateur et suit des cours d'architecture par correspondance ; 1943-1945, Académie des Beaux-arts, et par réaction, Ecole du Meuble aux cours de Borduas*; 1945-1946, participe au groupe des Automatistes*; voyage à Paris où il rencontre André Breton et à New-York ; 1947, s'installe à Paris ; 1955, devient le compagnon, durant de longues années, de Joan Mitchell*; 1968, doctorat ès Lettres de Mc Gill, Montreal ; 1972, doctorat en droit de l'université du Mannitoba ; 1974, travaille principalement à Ste Marguerite, Québec et accessoirement à St-Cyr-en-Arthies, Val d'Oise ; 2002, meurt, le 12 mars dans l'île aux Grues, Québec.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : De sa première oeuvre de 1940, disparue, des amis disent : "C'est non-figuratif." Il répond : "J'ai peint exactement ce que j'ai vu : un trou d'eau à Saint-Fabien." Il se veut donc paysagiste abstrait*, ou tout au moins il le devient puisque de 1940 à 1944, sa facture demeure traditionnelle. Lorsqu'il découvre les surréalistes*, il en saisit la tendance spontanée, étroitement liée à l'écriture automatique : de 1945 à 1949, apparaissent sur des toiles remplies à ras bord, des figures en surimpression, Boisée, (1949), à la gestualité sauvage sur deux plans, la forêt de traits aux couleurs sombres et fraîches, frappés d'une volée d'autres traits, noirs, ceux-ci, qui assurent comme une grille de lecture.
En 1949, le glissement s'amorce vers une fusion du fond et de la surface : un lacis de couleurs, des traînées filiformes se superposent à un semis de touches divisionnistes ; l'espace est plan, rempli de bord à bord comme les "all over" de Pollock*. La profondeur est rarement indiquée par un affaissement chromatique dans le blanc. Ses tons sont rompus, de sorte que sa palette diffère toujours de l'abstraction impressionniste vers laquelle le paysagisme pourrait l'attirer. Si la proximité avec Pollock est certaine jusqu'en 1952, il use rarement du dripping* Sans titre, (1950, MACM) ; il emploie des zébrures systématiques, il est plus structuré, il croise des rubans faits de petits carrés juxtaposés, Peinture, (1952 et 1954, FMSP), versicolores, qui s'organisent comme des cellules articulées les unes sur les autres, étalées au couteau, épaisses, charnelles, comme la touche de Frans Hals. Dans Pavane, (1954, NGO), il n'y a plus que des touches disposées sur un triptyque, les petits carrés s'articulent en rubans répartis en zones lumineuses et sombres; toute résille, toute superposition ont disparu; le tissage s'est défait; l'oeuvre devient structurée en plans expressionnistes* qui évoluent vers des vues aériennes, villes fortifiées, rivières, ponts, quadrillages de moissons. Cette fois, il est proche du de Staël* de 1942 à 1948. En 1957, et jusqu'en 1964, il revient à la superposition de graphismes sur fonds, Feu vert, (1957, MNAM) ou Grey and Black Streaks, (1964). Il étale la couleur en grandes plages sur lesquelles "sinisent" des traits qui les formalisent. À compter de 1971, il élonge ses touches de petits carrés en tracés morcelés comme des tirets géants de machine à écrire; sur ce fond de taches allongées, il superpose des "ficelles" inspirées de jeux esquimaux qui rappellent des noeuds amorcés mais non noués, carrick, batelier ou autres, des formes qui se sentent parfois tentées par la figuration au point de permettre plusieurs grilles de lecture : cartes routières aux larges échangeurs, laisses, traces de tirant d'eau, grands coups de couteau à même la toile souillée de bavures indifférentes, chemins en cordonnet, en section d'ombilic qui sillonnent la forêt ou piétinent la neige urbaine des carrefours.
Il n'est plus non-figuratif, il est redevenu abstrait. Festin, (1968), le blanc évoquant la neige, les orangés, les feux de plaine, les grandes ormes trapues, des vêtements d'Indien, ou Iceberg, Titanic, (1977), répudient toute couleur ; ce sont des paysages du Grand Nord qui ne recourent qu'au noir et aux blancs.
En 1983, il y a une brusque entrée en figuration; avec leur cou blanc, leur bec rouge, les oies se dégagent de paysages très informels où dominent les sinuosités du trait jusqu'à ne servir que d'ornement à des silhouettes, Les Oies, (1989). Puis vient une mutation plus radicale encore avec une palette d'acidités fluorescentes qui culmine cette même année. Il installe dans ses oeuvres symétriques des objets, embouts de tubes d'huile, morceau de miroir sur fond de pochoir ou de sérigraphies séquentielles comme au temps du pop*; villages ou hiboux quinze cent fois répétés, en positif ou en négatif lorsqu'il bombe autour du fruit de ses chasses pour en fixer le contour : chaînes, cordes, silhouettes animales, ovales, empreintes de chaussures. Et alors qu'à ses débuts il avait gommé la perspective, il la crée maintenant en fixant un cadre dans la toile, en situant deux lieux de création, le fond d'une part avec des traînées de traits, de lignes de figure, et une autre toile appliquée par-dessus, sur laquelle un autre registre est développé à une échelle différente. D'aucuns pensent que ces vastes ensembles faits de bric et de broc renvoient au chamanisme ; il s'agit surtout d'une convocation de témoins comme pour compenser plusieurs décennies de disette figurative, d'une mythologie à ce point personnelle qu'elle pourrait échapper à es tiers. Il peint sans interruption et sans sommeil des heures durant, étant "dans" le tableau et ne s'interrompant qu'au moment où il ne l'intéresse plus et est donc fini.
A compter de 1958, il sculpte pour selle, Caravelle, (1960), corolles sur terre soulevée, ou Sans titre, (1964), un chapeau de champignon et des excroissances, et encore Hibou-Roc, (1969) quand l'animal prolonge un bloc lythique.

Expositions : 1947, Le Surrealisme, Maeght, Paris, (G) ; 1949, Nina Dausset, Paris, (P) ; 1957, 2009, Jean Fournier, P aris, (P) ; 1974, Gilles Corbeil, Montréal, (P) ; 2006, Patrice Trigano, Paris, (P).

R├ętrospective : 1963, galerie nationale du Canada, Ottawa; musée des Beaux-Art de l'Ontario; 1963, 1991, musée des Beaux-Arts de Montréal; 1972, musée d'Art moderne de la ville, Paris; 1976, Centre culturel canadien, Paris; 1981, Musée national d'art moderne, Paris; 1990, fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence.

Citation(s) : Il a dit :
-Abstrait! Comment, abstrait? Je ne l'ai jamais été, je n'ai jamais voolu faire de ma vie une toile abstraite. D'ailleurs qui en a faites des toiles vraiment abstraites? Pas même Mondrian. Il en a fallu du temps aux gens pour comprendre que Mondrian peignait la Hollande. Je ne suis pas abstrait. Absolument pas. Je peins avec tout, moi. Avec la nature.

Bibliographie(s) : Yseut Riopelle, Catalogue raisonné, 3vol. Acatos, 2002, 2004 et Catalogue raisonné des estampes, Hibou, Montréal, 2009.