Fiche de présentation

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MALEVITCH, Casimir

né le 23 février 1878 à Kiev, Ukraine ; 1890-1895, travaille dans une raffinerie de sucre et peint aussi fidèlement que possible la nature ; 1895, école d'art de Kiev ; 1906, atelier Rerberg à Moscou ; 1915, publie une brochure définissant le suprématisme* ; 1917, préside le département des arts du soviet de l'armée à Moscou ; 1918, invité par Chagall* à enseigner à l'école d'art de Vitebsk et le remplace l'année suivante ; 1918, dirige un département des ateliers de l'État libre à Petrograd ; 1919, le Studio textile, en commun avec Nadeshda Udaltsova* ; 1924, l'institut pour la recherche artistique et culturelle de Leningrad ; 1927, se rend à Berlin où il emporte soixante-dix tableaux ; 1935, meurt le 15 mai d'un cancer, est enseveli dans un cercueil "suprématiste", incinéré et l'urne inhumée à Nemchinovka, près de Moscou, sous un cube blanc et un carré noir, dessinés par Souétine*.
N.B. : Les rapports de Malevitch avec l'État soviétique ayant été ambigus, nombre de données biographiques sont incertaines et de datations - surtout 1932-1935 - sans cesse revues, même depuis la pérestroïka de 1985.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Sa notoriété majeure lui vient du suprématisme, théorie publiée en 1915 et pratiquée de 1913 à la fin des années 1920, Sensations mélangées, (1916).
Au fur et à mesure qu'il hypotrophie sa peinture, il hypertrophie ses théories en de nombreux ouvrages ; toute datation reste cependant approximative car il brouille les pistes et les études sont entravées par l'Union soviétique qui n'expose rien jusqu'en 1988 (1962, dit-elle), et ne commença à prêter en Occident qu'à partir de 1979 ; la seule connaissance occidentale de l'œuvre provenait, depuis 1956, de la collection du musée d'Amsterdam et de quelques œuvres au Metropolitan Museum de New York.
De 1903 à 1908, il est principalement impressionniste, La Jeune Fille aux fleurs, (1903, MRL) ou Portrait d'un membre de la famille de l'artiste, (1904, SMA), et jusqu'à Les Soeurs, (1910, GTM) ; mais on dit que déjà certaines toiles datées de cette époque auraient été exécutées sur commande vers 1930.
On trouve aussi un symbolisme orientalisant à la Toorop* dans L'Ensevelissement du Christ, (1908, GTM), ou Prière, (1910, MRL) ; une année "jaune", où l'influence nabi se couvre d'un lait doré, Femme en couches, (1908, musée de Thessalonique), yeux fermés chair beige-or sur coussin pourpre, Autoportrait (1907, ibid.), un pointillisme revêtu d'un tulle blanc ; pointillisme partiel encore Une petite ville, (1910, musée de Saratov) ou Paysage, (1906, MRL).
On trouve aussi le fauvisme* Autoportrait, (1908, ibid.), Homme portant un sac, (1911, SMA) et Le Jardinier, (1911, SMA).
Nature morte, (1908, MRL) (ou 1910-1911) marque une première rupture : il découvre la primauté de la forme ; il gonfle ses personnages du même trait que Matisse*, présent dans la collection Chtchoukine.
En 1912, apparaît une facture "métallisée" en tôle recourbée, comme Léger la pratique la même année en l'appelant tubisme. L'un connut-il l'autre? On ne le croit pas. Ses sujets sont empruntés à la paysannerie russe, et pour les loger dans l'espace, il les courbe sur eux-mêmes, tout en valorisant mains et pieds ; toiles fortes, vigoureuses : 'abitant de la datcha (1910, MRL), ou Cireurs de parquets, (1911, SMA), La Moisson de seigle, (1912, ibid) et Paysanne aux seaux, (1912, MoMA). Il appelle cela cubo-futurisme*.
Dans cette veine, il va jusqu'à l'abstraction* avec Tête de jeune fille (1912-1913, SMA). Puis il arrive à ce qu'il appelle "cubisme* a-logique", ce que l'on désigne plus communément par cubisme synthétique, celui d'un Braque* ou d'un Picasso*. Avec Un Anglais à Moscou (1913-1914, SMA), les couleurs vives font irruption ; Portrait de Matiouchkine (1913, GTM) est une toile mémoire : autour du thème principal de multiples anecdotes font une couronne de souvenirs. Enfin, une toile unique, par le style, Vie dans le Grand Hôtel (1913-1914, Mus. de Samara) reconstitue le tournoiement d'une porte à tambour. L'Aviateur (1914, MRL)  est frappé de lettres cyrilliques et de symboles divers.ou l'Autoportrait, (1910, GTM), flamboyant de rouges et verts et psychologiquement sombre. Cette même année, il use du collage.
À noter en 1914-1915 des gravures sur bois, imagerie populaire anti-germanique de circonstance. Le carré noir auquel le suprématisme est lié apparaît pour la première fois dans les décors de La Victoire sur le soleil, représenté en 1913 à Saint-Pétersbourg, dont il est l'auteur des décors. Dès cette année, il pratique dans ses dessins des formes géométriques regroupées qui flottent, assemblées, dans l'espace, qui seront transposés en huiles en 1915 : en même temps, et sans s'être apparemment connus, Malevitch et Mondrian* ont pratiqué une peinture totalement rectiligne, encore que ce dernier refuse la diagonale adoptée par le premier, Composition suprématiste (1915, Musée de Toula).
C'est de 1915 à 1929, semble-t-il, qu'il radicalise sa peinture dans la ligne de son manifeste de 1915, lorsqu'il dit "J'ai découvert la nullité des formes, je suis sorti du cercle vicieux où sont emprisonnés l'artiste et les formes de la nature." Il devient non-figuratif* malgré le titres qu'il donne souvent à ses œuvres par dérision. La géométrie est délibérément irrégulière, la touche vibre comme pour compenser l'austérité de l'œuvre : Croix noire (1915, MNAM, Paris) ; Carré Rouge, Peinture réaliste d'une paysanne à deux dimensions (1915, MRL), au titre ironiquement concret ; Dynamic Suprematism (1915, Tate) ; Suprematism, (1915, MRL), aux géométries angulaires flottant, donnant l'impression du mouvement dans l'espace et Suprematism nº 56 (1916, ibid), qui adopte des formes rigoureuses mais hors normes, Carré noir sur fond blanc (1915, et 1927-1929, MRL, et GTM), quatre versions.
Il y a surtout le fameux Composition : blanc sur blanc (1917-1918, MoMA), qui anticipe les Albers*, Reinhardt*, Ryman*, et le minimalisme* ; il précède le Noir sur noir, (1919), de Rodtchenko* et fait entrer l'art dans la mystique.
Simultanément, il use de couleurs riches, souvent primaires, se détachant sur fond clair, produisant une vibration aérienne qui justifie le recours à des mots comme "dynamique" ou "aéroplane" ; parfois, la construction se complexifie, se rapprochant de Kandinsky*, Suprématisme (1914-1916, MRL).
Ses théories sur sa relativement brève période suprématiste lui ont été inspirées par les écrits pseudo-mystiques et scientifiques d'Ouspensky : l'hyperespace de la quatrième dimension auquel il fait référence suppose un recours compensatoire à la Transcendance, bannie des textes, dans la Russie de ces années, Crucifié (1918, SMA), la croix porte un corps en réserve, tandis que dans Suprématisme de l'esprit (1920, SMA), le carré blanc tient la place de la sainte face interrompant les bras d'une croix orthodoxe, suprématiste. Le triptyque, Carré, cercle, croix, noirs sur fond grège, (1923, MRL), illustre spectaculairement son art.
En 1927, il est revenu à la peinture traditionnelle - peut-être même dès 1918, avec La Cavalerie rouge au galop (1918-1932, MRL) : 3/5 d'un ciel dégradé, 2/5 de lignes de couleurs, vives, alternées avec les sombres, et à la jonction des deux, de petites silhouettes de lanciers - une figuration aux visages en ovale, aveugles comme ceux de De Chirico*, et cela a peut-être un sens symbolique : Sportifs, (1928-1932, MRL) sont des pantins, Pressentiment complexe, (1928-1930, ibid) au hiératisme d'une icône, et Tête de paysan avec barbe apparaît d'emblée comme une abstraction.
Les Deux Soeurs (1930, GTM) renoue avec l'impressionnisme des débuts comme Un travailleur de choc, (1932, MRL). Une dernière œuvre presque abstraite, La Maison rouge (1932, MRL), cube surmonté d'un toit menu sur lignes horizontales colorées, et Paysage aux cinq maisons (1928-1932, ibid).
Sa dernière manière enfin, depuis qu'il fut forcé (?) de réintégrer l'ordre figuratif, sera celle du cinquecento, Portrait de la femme de l'artiste, (1933, MRL), et Autoportrait (1933, MRL), de l'académisme, Portrait de Pavlov (1933, GTM) et de la mondanité, Portrait de l'une de ses filles, '(1930-1933, MMS), Portrait de la fille de l'artiste, (1934, MRL).
Encore croit-on que, vers la fin de sa vie, il continua, en antidatant, à peindre non-figuratif. Confirmeraient cette hypothèse les Architctones, (MNAM), composées, croit-on, de 1923 à 1935, petites maquettes en plâtre, d'architecture totalement non fonctionnelle mais appliquant les principes suprématistes et destinées à servir de base à des travaux d'architectes. Huit cents pièces furent données anonymement et en vrac au Musée national d'art moderne de Paris, en 1978 et leur plus grand nombre put être réagencé d'après des photos ; d'autres figurent au musée russe de Leningrad, datées de 1930.
L'œuvre peint est estimé à 300 numéros.

Expositions : 1907, Association des artistes moscovites ; 1915, Salle Malevitch à l'exposition futuriste 0,10, Saint-Pétersbourg.

Rétrospective : 1920, Moscou ; 1978, Musée national d'art moderne, Paris, et Düsseldorf ; 1989, 2014, Stedelik Museum, Amsterdam, avec un catalogue, principalement dû aux Soviétiques, revoyant des datations ; 2013, Bundeskunsthalle, Bonn ; 2014,  Tate Modern, Londres.

Musées : Galerie Tretiakov, Moscou, et Musée russe, Leningrad, qui réunissent la plupart des œuvres ;
Stedelijk Museum d'Amsterdam : 28 peintures et 7 gouaches, acquises en 1956 de l'architecte Hugo Haring, commissaire de l'exposition de Varsovie et de Berlin, en 1927, auquel Malevitch avait laissé les toiles, et qui en avait cédé en 1935, en pleine ère nazie ;
Musée d'Art moderne de New York : 16 œuvres de la même provenance ;
Musée de Genève et Fondation Hack, Ludwigshafen ;
Fondation Tchaga-Khardjev, Amsterdam.

Citation(s) : Il a dit :
- Quand disparaitra l'habitude de la conscience de voir dans les tableaux la représentation de petits coins de la nature, de madones ou de Vénus impudiques , alors seulement nous verrons l'oeuvre picturale.
- Quiconque a traversé la Sibérie ne pourra plus jamais prétendre au bonheur.

Bibliographie(s) : Anréï Nakov, Catalogue raisonné, Adam Biro, Paris, 2000.

Archives : Nikolaï Khardjev, né en 1903 en Crimée, émigré aux Pays-Bas, en 1993, après la chute du mur de Berlin et mort en 1995 à Amsterdam, accumule des archives sur le suprématisme qui, selon une liste dressée en 1993, comptent 1 350 œuvres, dont 7 huiles, 140 dessins, 2 aquarelles et 20 gouaches de Malevitch. Une fondation est créée par Lidia Tchaga, l'épouse, morte mystérieusement en 1995 et sitôt incinérée. Les archive sont réclamées par la Russie et les œuvres d'art sont en partie éparpillées à cause de l'émigration.