Fiche de présentation

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FROMANGER, Gérard

né le 6 septembre 1939 à Pontchartrain, Seine-et-Oise, France ; académie de la Grande Chaumière*, chez César* et Giacometti*, et cours du soir de la ville de Paris ; 1964, son atelier flambe ; vit à Paris et à Sienne.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Après avoir débuté dans la réalité figurative, vue au travers de lunettes fumées qui la rendent grise et floue, expressionnisante*, Autoportrait, (1962) ou Claudine, (1965), il réalise des tableaux de bois découpés, comme des bas-reliefs,  pleinement figuraifs, Première ombre au tableau, (1964). La Photo de classe, (1963), avec ses figures toujours frontales, est fidèle à l'expressionnisme. En revanche, les monochromes, Le Soleil innonde ma toile, (1966) ou Mon tableau s'égoute, (1966), ont toute la distance que réclame le pop*.
A compter de 1964, La Conquête de l'impossible, adopte le style photographique qui sera, pour un temps, le sien. Il compose 25 tableaux en 1, 1 tableau en 25, c'est Le Boulevard des Italiens entre 12 h 30 et 13 h, le vendredi 5 février, (1971, dont un au musée national de Luxembourg et un autre au musée de Dôle) ; chaque toile est monochrome, l'ensemble de la suite se présentant dans la succession dégradée des couleurs du prisme; chaque toile reproduit scrupuleusement la photo prise, comme de son côté le fait Monory*, mais les personnages sont remplacés par leur silhouette rouge. C'est la vie saisie, arrêtée par un constat et transfigurée dans ce qu'elle peut avoir de fantomatique. Le boulevard devient décor où se fige un jeu d'ombres étrangères et pourtant actuelles. Il part souvent de photos de Jean-Luc Godard ou d'Elie Kagan*. La photo est projetée à l'épiscope et constitue le fond du tableau; elle est peinte dans une couleur unique,reproduisant la projection d'un cliché dans l'obscurité; c'est l'équivalent du sépia des photos d'antan. Le sujet de la photo est le plus banal qui soit dans une société urbaine, la rue, ses passants, ses vitrines; un clin d'oeil parfois : en vitrine, un Fromanger. En contrepoint de cette couleur unique, chaude ou froide, quelques personnages sont coloriés dans la tonalité inverse, froide ou chaude, pour contrebalancer ou activer la couleur de fond, 'En Chine à Hu Xian', (1974). Enfin, le peintre lui-même, en silhouette noire, au premier plan, contemple le sujet saisi avant de le pétrifier. Plus tard, les couleurs de contrepoint deviendront de totale fantaisie, jaspées, rayées, vives, versicolores, Jean-Paul, (1976), c.a.d. Sartre. En 1978, il abandonne l'épiscope et travaille directement la toile. Des personnages continuent à être découpés dans le fond, en creux, comme les pièces d'un puzzle pour tout petit, Le Matin, (1984, FRAC Lorraine), tandis que l'inventaire de leurs couleurs de référence s'aligne en bordure du tableau comme la gamme d'un cliché en quadrichromie sur les épreuves de l'imprimeur. Les sujets, repris à l'actualité, se signalent par des manchettes de journaux et agressent le spectateur, tandis que les personnages sont ecamotés, niés, réduits à l'état d'ectoplasmes : l'homme est réifié par les médias écrits. Le propos est inversé, les médiateurs, journalistes de radio, cinéastes, opérateurs de télévision, photographes sont traités photographiquement en monochrome, tandis ue leurs sujets sont réalisés en abstraction* pop*, polychromes de formes comme découpées dans des magazines, reflets d'eau, pluie de rubans, explosions de flammes, nuages de confettis géants. Tour à tour, l'homme et ses choses sont mis en exergue dans un civilisation précise qui ne permet ni nature, ni sentiments, ni rêve. Simultanément, il peint des abstractions* géométriques, cercle dégoulinant, Le Soleil inonde la toile, (1966) ou carré, Peinture s'égoutte, (1966), ou jeux d'angles aius sur verticales, Paysage gondolé, (1967), sur bois découpé. Avec Michel Foucault, (1976), apparaissent les échevaux de lignes multicolores dont il fait grand usage pour brouiller le réalisme froid du portrait; ce baroque on le retrouve jusque dans Place de la Bastille, (2000), en rouge, noir et beige, cachant des silhouettes de passants; écheveau de traits maillage des constructions et silhouettes en blanc dont le contour se fond avec les autres traits, (2008). Géométrique, il use du même procédé de camouflage, avec La Mort de Caius Gracchus, (1975) et encore Le Jaune, (1989). Dans sa palette vive, il multiplie les genres. De grands bandes horizontales annoncent 'Je suis dans mon atelier en train de peindre', (1979), texte mêlé à des signaux routiers de fantaisie. Eau, (1982, Frac,Rhône-Alpes) et Chant, (1982, Frac, Alsace), héllénisent la figuration libre*. Il donne des tableaux non-figuratifs, à force de multiplier les silhouettes miniaturisées et de les disposer en chutes ou en trainées, La Balance de Cotton, (1986). Puis il passe aux tableaux-texte avec Noir, nature morte, (1994), alignement de centaines de noms d'artistes sur un tableau noir, ou Batailles, (1995), sélection de noms de peintres de marines, entouré de silhouettes d'hélicoptère, en haut, de croiseur, en bas. Il peint àl a manière d'une gravure, petits traits noirs sur fond jaune, des scènes de rue, A quatre pattes, le cul-de-jatte, (2002) ou Méfiez-vous fillette, (2003). La même année, il reprend les silhouettes colorées de la première moitié des année 1970, et il en fait deux séries opposées tête contre tête, sur le même fond noir Bouche à bouche, et Face à face, (2003 et 2004).
La série Splendeurs, Dérives, (2005), l'amène au portrait filiforme à la manière de Le Brocquy*, Godard ou Serge July, sont présent tels qu'on les connait mais réduits par le rayon aux traits de ressemblance. En quarante ans, c'est la rencontre des extrêmes.

Expositions : 1964, Salon de Mai, Paris ; 1966, Parti pris, Grenoble, (P) ; 1970, ARC, Paris, (P) ; 1995, Renos Xippas, Paris, (P) ; 2008, Figuration narrative, Centre Pompidou, Paris, (G), et Laurent Sitruk, Paris, (P) ; 2012, Les Capucins, Landerneau, (P) ; 2014, Centre d'art, Perpignan, (P).

Rétrospective : 1999, Gimpel, Londres ; 2005, Musées de Dôle ; Villa Tamaris, La-Seyne-sur-Mer ; Musée national de Corée, Seoul ; Musée national de Luxembourg ; Musée des Beaux-arts de La Havane et Musée de Louviers.

Citation(s) : On a dit :
- Il ne s'agit pas de saisir une atmosphère. Plutôt une imminence toujours suspendue, l'uniforme possibilité que surgisse n'importe où quelque chose comme un nouvel assassinat Kennedy, dans un système d'indifférence où circule la valeur d'échange.  (Gilles Deleuze).