Fiche de présentation

imprimer la fiche

DUFY, Raoul

né le 3 juin 1877 au Havre, Seine-Maritime, France ; 1892, cours du soir aux Beaux-Arts du Havre ; 1900, Beaux-Arts, Paris ; 1910-1930, crée un atelier d'impression pour tissu, avec le couturier Poiret ; 1912-1928, contrat d'exclusivité avec le soyeux Bianchini-Férier ; 1925, voyage au Maroc ; 1950, frappé de polyarthrite, se fait soigner à l'hôpital de Boston ; 1952, Grand prix de peinture, Biennale de Venise ; 1953, meurt le 23 mars à Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence, d'une crise cardiaque; est enterré à Cimiez.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : Un drapeau qui frémit, les couleurs françaises ou britanniques, voilà qui symbolise tout un art réalisé par apurement de ses premiers acquis et singulièrement de dix ans de réalisme du XIXe siècle finissant, de l' Autoportrait, (1888, MBALH) à La Cote de Grâce de Honfleur, (1898, ibid.), et Paysans à la terrasse d'un café, (1901). Ensuite, les nourritures seront plus contemporaines; l'impressionnisme, Église Saint-Gervais, (1901-1902) ; le fauvisme* avant la lettre, Le Yacht pavoise au Havre, (1904, MBALH) ou La Balançoire, (1905-1906, gal. des Ponchettes, Nice), L'Estacade au Havre, (1907), mais il s'agit plus d'une réflexion sur la complémentarité des couleurs que sur leurs oppositions, Affiche à Trouville, (1906, MBALH) ; le "nabisme" en 1905. Matisse*, aîné de 8 ans, a aussi laissé quelque trace de la simplification du graphisme et de la courbe légère, Jeanne dans les fleurs, (1908, ibid.) et La Dame en rose, (1908, MNAM), alors que Paysage à Sainte-Adresse, (1908, MBL) et La Dame en rose, (1909, MPSG), Bateaux à l'Estaque, (1908, Ponchettes, Nice) et Nature morte au bouquet (1909, ibid.) sont de facture cézanniene, jusqu'à frôler la confusion, Arbres à l'Estaque, (1908, MCM), et dont il en garde la touche jusqu'en 1914.
L'année 1908 :
Elle est décisive. Il réalise sa première toile tout à fait personnelle, choisissant un thème qui lui sera familier, Bateaux et barques aux Martigues, (fin 1907), quelques coups de pinceaux allusifs, ou Les Régates, (1901-1908, MAMVP) ou encore L'Apéritif, (1908, ibid.), ondulante et presque orphique*. Encore subjugué par le cubisme* cézannien; les bleus et les verts profonds dominent dans une palette qui demeure assez terne jusqu'au début des années 1930, Le Vieux Port de Marseille, Notre-Dame de la Garde, (1908, MBALH) et Bateau à quai dans le Vieux Port de Marseille, (1908, ibid.) Maison et Jardin, (1915 MAMVP), où l'on voit dans une coupe au premier plan, au travers de deux masses de feuillages bien découpés, une maison aux angles acérés, de même Vence, (1919, Ponchettes, Nice). Le graphisme se libère de la liaison forme-couleur et cet affranchissement à 35 ans est son vrai départ, même s'il faut encore conquérir la légèreté aérienne de l'apogée. Bal du 14 juillet, (1912, MAMVP) est, pour la première fois, une construction en registres juxtaposés. Cela lui permet soit de nier la perspective, soit, en pratiquant des rideaux verticaux de couleurs différentes, juxtaposés, indépendants du graphisme, de signifier les variations de la lumière, La Jetée-promenade à Nice, (1924, ibid.). C'est la formule que reprend Léger* en 1943 pour exprimer le mouvement. Dans sa palette aux teintes fortes apparaît parfois un nuage de couleur plus tendre, violette, par exemple. En 1925, le trait et la couleur sont libérés des dernières contraintes et vingt-huit ans durant, jusqu'à la mort, le graphisme est elliptique, allusif, cursif, primesautier, d'une imprécision qui lui confère toute sa légèreté, et l'huile aura les mêmes transparences que l'aquarelle, étalée en lacs indépendants du trait, Avenue du Bois, (1928, An), Récolte, (1999, Tate), Nu, (1930, MBALH) à l'huile, et Nu, (1930, ibid.) à l'aquarelle, tandis que Voiliers, (1925, ibid.) et Régates, (1930, ibid.) témoignent d'une évolution. Cette année, il structure une toile La Grille (1930, (WRM), en occupant le support de bord à bord par un fer forgé , derrière lequel apparaît en vert, un parc. Exceptionnellement, il se fait portraitiste collectif, La Famille Kessler à cheval, (1932, Tate et MNAM).
Simultanément, il crée des marines "noires", Baigneurs en pleine mer et coquilles, (1925, MNAM), avec les vagues réduites à des guilloches. Il reprend cette manière en 1946, (cfr infra). Pour l'Exposition des arts décoratifs de 1925, il peint, l'initiative du couturier Poiret, pour lequel déjà il a dessiné des tissus à compter de 1911, quatorze tentures destinées à décorer sa péniche; elles seront réalisées à Tournon par l'usine Bianchini, seules, trois d'entre elles subsistent, Réception l'Amirauté, (1925, MNAM), Partie de bridge au casino, (1925, ibid., repris à l'aquarelle en 1941, MJCN ) et Les Mannequins de Poiret aux courses, (1925). Les figures sont représentés grandeur nature, mais le coton qui a servi de support a bu l'éclat des couleurs qui semblent réduites à un camaïeu de beiges ; c'est la conséquence du procédé employé, le 'mordant' qui imprime les couleurs selon différentes intensités; elles traversent le décor privé de perspective. Vers 1930, pour la villa Altana à Hyères, il peint quatre panneaux, perroquets, capucines géantes, obélisque et tour, frappées de taches géométriques vert-bouteille, qui donnent l'unité.
Ce peintre est aussi un décorateur accompli qui dessine des papiers peints, des images patriotiques genre Epinal, en 1915 ; un xylographe-illustrateur, Le Bestiaire ou le cortège d'Orphée, (1908-1910) ; des motifs de couturier, des cartons, des illustrations, des décors de théâtre et qui se livre à la céramique. Il porte partout son graphisme en plumage. À compter de 1930, il privilégie l'aquarelle ou la gouache et son éclatement de couleurs vives, qui se répandent en grandes zones rouges, bleues, vertes ou jaunes, sans souci du contour, le noir étant le plus souvent remplacé par des couleurs sombres; et cela qu'il traite un bouquet, un paysage, une nature morte, un personnage costumé ou une composition entassant chacun de ces genres.
Et cependant, c'est de ces mêmes années que datent les très pesants et massifs Portrait de Mme Dufy, (1930, Ponchettes, Nice) et Nu à la coquille, (1933, ibid.), reprenant la sculpturalité de La Grande baigneuse, (1913). De 1946 à 1953, il peint une série de cargos.
L'Oeuvre noire :
Cela serait simple thème neuf, s'il n'y retrouvait de manière durable l'usage du noir, inauguré avec Fenêtre sur la mer, (1920, MBADi). Le noir tient la place du blanc, donne à la toile vigueur, profondeur et mystère (Bioulès* en retiendra l'usage). Il cache ce qui n'a pas à être révélé sans observation patiente. La masse, centrale, du navire est gravée à l'ente, dans la masse noire, espace et fumée. Cargo noir sur fond bleu, (ca. 1945, MNAM) ou Cargo noir, (1952, MBALy), Il laisse des érotiques, Le Boeuf sur le toit, (920).
La Fée électricité :
Pour l'Exposition universelle de Paris, il peint de son huile translucide "le plus grand tableau du monde", 600 m_ de peinture, composés de 250 panneaux, La Fée électricité, (1937, MAMVP) : au centre, Zeus dominant l'éclair et de droite à gauche, dans un savant fondu enchaîné, un mélange de personnages et de décors d'Archimède dans le Bois sacré à Pierre et Marie Curie dans leur laboratoire, en passant par l'évocation de la naissance de l'aviation, toute l'épopée électrique se déroule dans des teintes pastel, les inventeurs se trouvant cers le bas, lees inventions vers le haut; cette composition rappelle le mot de Mozart enfant : "Je cherche les notes qui s'aiment." Du même esprit, Le Cours de la Seine, Paris-Rouen, (1937, Rou), Les Explorateurs, (1937), 3,40 x 7,30 m, pour la singerie du muséum d'Histoire naturelle (maquette au MNAM) et Les Savants, (1937, maquettes aux MNAM, GPN et MBANa).
Plus resérré et donc moins volatils, Nicolas Karjinski au violoncelle, (1941). Les Astres, (1948, MNAM,), très dépouillé, presque peu travaillé, est fait de trois bandes horizontales dont les deux premières occupant les 3/4 de la superficie : l'au-delà avec le soleil noir, le firmament bleu traversé de trajectoires désordonnées de planètes ou d'étoiles, Paris enfin, allusif et violent ; Dépiquage à la gerbe blonde, (1945). Les mats des Bateaux bleus, (1950) appuient leur noir dans une tonalité jaune.
Il est également céramiste, en 1927.
On estime sa production à 1 800 peintures et 2 000 aquarelles, 1 000 dessins, sans compter ni les 50 tapisseries ni les grandes décorations, ni les gravures sur bois, ni les illustrations, ni les 200 céramiques, ni les 25 000, au minimum, projets pour tissus qu'il ne se contente pas de dessiner mais qu'il grave lui-même.

Expositions : 1906, Berthe Weil, Paris, (P) ; 1927, Le Centaure, Bruxelles, (P) ; 1936, 1950, The Lefebvre, Londres, (P) ; 1977, Créateur d'étoffes, Musée d'art moderne, ville de Paris, (P) ; 2008, Fanny Guillon-Lafaille, Paris, (P).

Rétrospective : 1953, Musée d'Art moderne de la ville, Paris ; 1954, Tate, Londres ; 1997, Fondation Pierre Gainadda, Martigny, (P) ; 2003, Musée Maillol, Paris, (P) ; 2008, Musée d'Art moderne de la ville, Paris.

Musées : Musée d'Art moderne de la ville, Paris : une centaine d'oeuvres ; Musée des Beaux-Arts, André-Malraux, Le Havre : très nombreuses oeuvres ; Musée des Beaux-Arts, Jules-Chéret, Nice : une cinquantaine d'oeuvres.

Lieux publics : Bar du Théâtre de Chaillot, Le Cours de la Seine, (1937), dont la première version est au musée de Rouen.

Citation(s) : Il a dit :
- Les tableaux ont débordé de leurs cadres pour se continuer sur les robes et sur nos murs.

Bibliographie(s) : Maurice Lafaille, catalogue raisonné de l'oeuvre peint, 4,vol. Motte, Genève, 1972-1977. Fanny Guillon-Lafaille, catalogue raisonné des aquarelles, gouaches et pastels, 2 vol. Louis Carré, Paris, 1980-1982.

Archives : Musée de Lyon, 190 grands albums contenant 25,000 projets de tissus.