Fiche de présentation

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BUFFET, Bernard

né le 10 juillet 1928 à Paris, France ; 1943, suit les cours du soir de la ville de Paris ; 1944, admis aux Beaux-Arts, n'y demeure qu'un an ; 1948, grand prix de la critique ; 1950-1958, vit avec l'homme d'affaires Pierre Bergé ; 1958, épouse la chanteuse Annabel Schwob de Lure ; 1974, élu membre de l'Académie des Beaux-arts ; 1998, atteint de la maladie de Parkinson, se brise le poignet et ne peut plus peindre ; 1999, se suicide le 4 octobre, par étouffement, à Tourtour, Var ; ses cendres sont dispersées au pied du mont Fuji.
signature : jusqu'en 1948, Bernard Buffet écrit normalement; à partir de cette date, graphisme monumental s'inscrivant comme un ornement de l'œuvre.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre

Présentation : En 1945, il est classique, doué d'un grand savoir-faire, au jaune dominant. On baptise "misérabiliste" ses dix (vraies) premières années, de 1946 (il a 18 ans) à 1955, Pietà, (1946, MNAM) ou Grand Nu blanc, (1948, Vd'A). Pourquoi, alors qu'il n'a jamais cessé de l'être, dans la filiation de Gruber*, peut-être même contre sa propre volonté ? Ce surdoué du dessin connaît une carrière fulgurante à compter du grand prix de la critique, lorsqu'il a 19 ans.
Le tragique de son trait, plus implacable que celui de Gruber, immédiatement reconnaissable aussi, équivalent pictural du pessimisme sartrien, répond à celui des années de guerre dont on sort, on s'y habitue, et on en redemande, d'autant que d'autres peintres, par d'autres voies, abstraites celles-là, donc moins aisées, clament les mêmes douleurs.
Un graphisme noir, hérissé, colle à toute son œuvre comme un mince travail de fer forgé de lignes anguleuses, plaqué sur la toile, les couleurs en sus, Nu debout, (1949, MNAM). Tant que son écriture tragique s'accompagne de couleurs mornes, il y a comme une osmose, une connivence et un équilibre dans ses portraits décharnés, Autoportrait, (1956) - en fait, portrait de sa femme Annabel -,Bernard David en torero, (1963), ses natures mortes, Nature morte au pétrin, (1953), et ses paysages urbains désespérés. 
Vers la fin des années 1960, il introduit des couleurs vives qui grincent dans les cernes noirs et l'ensemble devient émollient ; il n'y a plus que le graphisme énorme de la signature qui dit la tragédie; l'oeuvre, elle, est devenue sombrement narrative, mais anecdotique. Au milieu des années 1970, La Ferme du Caillou, (1974) ou La Mare dans le bois, (1977), sans renoncer à la rigidité, allègent le sujet, le nuancent et le signent discrètement. Avec des exceptions comme Baie de la Fresnaye, (1973, sous le vent , éclairé par de multiples maisonnettes blanches et bleues. Mais au cours des ans, l'empâtement s'épaissit, Nature morte, (1988), avec ses couleurs lourdes qui affaiblissent le trait. En revanche, dans L'Infante, (1986) le chromatisme morne ajoute un reflet à l'austérité du trait.
Il se reprend à la fin des années 1980, lors de son cycle thématique annuel. New York, (1989-1990), c'est la rencontre du peintre linéaire avec la ville linéaire, privée, bien entendu de toute animation et même de l'enchantement que provoque la diversité architecturale de ses gratte-ciel; tout est dressé dans l'austérité olivâtre du graphisme. Dans Bretagne, (1990), il construit ses baies et ses criques en demi-cercle, parapet au premier plan, bâtiments blancs à l'arrière, troués des yeux vides de fenêtres noires régulièrement alignées. Les tentes, les cabines, les barques assurent le fourmillement du trait noir et la couleur est choisie de manière très économe, sans teinte : c'est le même vert qui sert pour une barque et pour la végétation ; c'est le même bleu dont il use pour une barque encore et pour les toitures de zinc.
En 1992-1993, il dénonce les jeux de la guerre dans de grandes toiles en costumes de premier empire : un œil saute à la pointe d'une lance, une tête est coupée, tenue à bout de bras, un corps éclate sur une mine, un grenadier égorge, une soldatesque viole sans véritable conviction; mais y prennent-ils leur ivresse, ces militaires aux mines toujours aussi renfrognées ?
Depuis Passion, (1952), il peint une série thématique annuelle de 8 toiles, qui, en 1999, est la Mort ; prémonition, galerie renaissante, grandeur nature, de squelettes revêtus de défroques indiquant leur rang aristocratique, portant des lambeaux de chair intacts, seins, pénis, embryons, toutes parties liées à la reproduction, comme s'il décidait que la vie l'emporterait de toute façon. Un thème dispersé mais récurrent Clown, !1955, 1989). De temps en temps, une autre manière, comme La Mer, (1951), gris-noir de nuages et gris-beige d'eau, pour une certaine sérénité, Environs de Rochepot, (1974). 
Il est aussi décorateur de ballet et illustrateur.
On estime l'œuvre à 8 000 numéros, eu égard au fait qu'il crée en moyenne 150 œuvres par an. Depuis 1962, il est le peintre d'une seule galerie, qui n'a qu'un artiste en charge, avec un vernissage annuel, le premier vendredi de février.

Expositions : 1946, Salon des Moins de Trente Ans, Paris ; 1947, Librairie d'impression d'art, Paris ; 1949, 1963, Drouant-David ; 1956, Biennale de Venise ; 1962, 2009, Maurice Garnier, Paris, (P) ; 2008, Musée d'Art moderne, Francfort, (P) ; 2009, Vieille Charité, Marseille, (P).

Rétrospective : 1958, Charpentier, Paris ; 1991, Musée Pouchkine, Moscou et  L'Ermitage, Leningrad ; 1996, Musée Kaoh-siung, Taiwan.

Musées : Musée Buffet, Shurugadaira, Japon, 600 toiles ; Musée Buffet, à ouvrir à Colmar, 512 œuvres.; Musée Buffet, à ouvrir à Carpentras, plus de 400 œuvres.

Citation(s) : On a dit :
- Bernard, buffet froid. (Salvador Dali).
- À 18 ans, Buffet est déjà lui-même : le peintre est né tout armé. (Pierre Descargues)
- Le meilleur des peintres. (Andy Warhol)