Fiche de présentation

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JOHNS, Jasper

né le 15 mai 1930 à Augusta, Géorgie, États-Uns d'Amérique ; 1947-1948, université de Columbia, Caroline du Sud ; 1949, s'installe à New York, où il travaille chez un libraire ou comme étalagiste ; 1949-1952, il est versé dans les forces américaines d'occupation au Japon ; 1954, rencontre Rauschenberg* qui devient maître et ami; 1957, participe à l'exposition Artists of the New York School, Second Generation, au Jewish Museum, New York ; 1963, appelé à la direction de la fondation pour les "Contemporary Performance Arts"; 1966, son atelier de Caroline du Sud est détruit par le feu ; vit dans le Connecticut et à Saint-Martin, île néerlando-française des Antilles.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Peintre - Sculpteur

Présentation : Sa spécificité, c'est d'avoir réintroduit, comme subrepticement, la figuration dans l'art abstrait* et d'avoir ainsi servi de relais entre la non-figuration* et le pop*. Puisqu'il a détruit presque tout ce qui précède 1955, sauf une petite abstraction de carrés verts superposés, Sans titre, (1953, DMCH), c'est Flag, (1955, MoMA) qui est officiellement sa première toile : un drapeau américain peint à l'encaustique, huile et collage ; le drapeau est à plat, remplissant la toile de bord à bord ; l'introduction d'un objet de la rue - fût-il noble et plus souvent banal - dans la peinture de chevalet, c'est faire regarder des objets simplement vus, c'est du pop*, et il en est l'un des pères fondateurs, celui de la lignée "classique". Peut-être a-t-il vu la Barrière en forme de drapeau américain du comte de Jefferson, (ca. 1876) du Museum of American Folk Art, New York? Drapeaux, cibles, chiffres et alphabet vont constituer son répertoire. Quand il noie cibles et drapeaux sous un voile de couleur monochrome, quand il remplit la surface de lettres isolées comme les caractères de plomb d'un monotypiste dans sa casse, Grey Alphabet, (1956, DMCH), quand il fait de même avec les chiffres, White Numbers, (1958, LMK), quand il en cache un dans des géométries en tons fondus, The Big Five, (1960, MNAM) ou Zero Through Nine, (1960, Tate). il procède à une fusain de l'abstraction et de la réalité, il réinsère clandestinement le figuratif dans l'abstraction et clôt ainsi une tendance longtemps prépondérante. La palette va des teintes sourdes aux teintes vives dont le noir est exclu. Cette démarche est encore ilulstrée par des bouquets de touches et des mots de couleur au pochoir, False Start, (1959, DMCH), celle-ci éclatante, d'autres en noir et gris. Il ne semble avoir épuisé cette nomenclature qu'au milieu des années 1970, Target, (1974, SMAT) Il incorpore pour la première fois des objets à certaines de ses toiles, Painting with Two Balls, (1957) : c'est au pop ce que le collage était aux cubistes*, à ceci près qu'ici la troisième dimension apparaît. Posant un pas supplémentaire, il donne à voir un objet sur fond abstrait, misérabiliste, Painting with Ruler and Gray, (1960). Ce sera un balai, une tasse, un torchon et l'indication de leur dénomination, The News, (1962, JD), planches et journal recouverts de peinturenoire, Out of the Window, Number 2, (1962, KBâ), déchets et règle. Et encore, Champs lentement, (1962, MMS), avec une colonne de lettres articulées face à face et fondues dans des variations de couleurs diffuses, dont Field Painting, (1963-1964) est la jumelle. Le baroque a succédé au "classicisme" de la première manière. On se rappelle qu'en 1914, Pougny* incorpore un marteau dans un relief. En 1962, Dine* utilise le même procédé. Retour à l'ordre. On voit apparaître dans le diptyque Harlem Light, (1967, NAG) des motifs réguliers; l'un des panneaux est composé d'un pavement noir, blanc et rouge, à la lointaine parenté avec Poliakoff*. Ce même thème est repris dans Untitled, (1972, LMK), avec dans un autre panneau une construction très élaborée de zébrures oranges, violettes et vertes; et ainsi jusqu'en 1982 au moins. En principe il s'agit de non-figuration; mais lorsqu'on sait que l'inspiration de ces hachures provient d'une photo représentant un peintre mexicain peignant devant sa boutique le tronc d'un arbre en bandes rouges et blanches, couleurs traditionnelles des enseignes de son métier, on comprend que Johns fait une fois de plus le pont entre la figuration et l'abstraction*, montrant que celle-ci n'est qu'un détail figuratif agrandi et abstrait de son contexte d'ensemble, Untitled, 1981, MOMA); selon une autre source, confirmée par le titre repris à l'un des derniers tableaux de Munch*, Between the Clock and the Bed, (1981-1982, Virgina Museum), ces Cross Pattern proviennent du couvre-lit de la toile du norvégien. Appel* en use durant les années 1979-1980. Comme dans le "nouveau roman", fait remarquer Robbe-Grillet, l'artiste ne montre pas la totalité du réel (ce serait de l'hyperréalime*), mais il abstrait tel ou tel détail de la réalité et l'éclaire de manière aussi réaliste* que possible, en gardant ce qu'il faut de liberté pour qu'il s'agisse encore d'interprétation, c'est-à-dire d'art. Ces chevrons deviennnent lignes parallèles dans des géométries sui generis bordées, de couleurs différentes, à l'aquarelle, Untitled, (1990, MOMA). Au milieu des années 1980, il introduit pour la première fois la figure dans ses tableaux, fût-ce au second degré, par voie de citation, Unttled, (1987, HIR), des images de Picasso* épinglées avec un clou en trompe l'oeil, renvoyant à l'invention de Braque* en 1909. Bushbaby, (2005), triptyque de 3 m. de haut, résume ses procédés, l'encaustique, le gris, des morceaux de bois et ue ficelle incorporés pour la troisième dimension. Reprenant des motifs géométriques comme dans ses toiles de 1979-1981, (cfr supra), il donne Within, (2007), rappel de Near the Lagoon, (2002, AIC), inspiré de L'Exécution de Maximilen, de Manet. Sculpteur, il procède au coulage en bronze d'objets les plus banals (ampoule électrique, brosse à dents...), Flashlight, (1958). À compter de 1960, il est graveur et suit l'inspiration de sa peinture.
On estime à 400 planches son oeuvre entre 1960 et 2002.

Expositions : 1957, Jewish Museum, New York, (G) ; 1958, Leo Castelli, New York, (P) ; 1959, Rive droite, Paris, (P) ;  2007, Metropolitan Museum, New York, (P).

Rétrospective : 1960, Columbia Museum of Arts, Caroline du Sud ; 1964, Jewish Museum, New York, et Whtechapel Art Gallery, Londres ; 1965, Pasadena Museum, Californie ; 1977, Whitney, New York ; 1978, Centre Pompidou, Paris ; 1996, Modern Art Museum, New York.

Musées : Nombreuses oeuvres au Karl Ludwig Museum, Cologne.

Citation(s) : On a dit :
- Si c'est ça qu'on appelle de la peinture, alors, moi, je l'abandonne.   (Esteban Vicente*)