Fiche de présentation

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GAROUSTE, Gérard

né le 10 mars 1946 à Paris, France ; enfance bourguignonne ; 1965-1972, Beaux-Arts, Paris ; 1966, épouse Elizabeth Garoustre* ; 1974, première crise maniaco-dépressive ; décorateur de théâtre ; 1979, se consacre à la peinture ; nombreux séjours en hôpital psychiatrique ; 1971, étudie l'hébreu et entre en analyse ;  habite à Marcilly-sur-Eure ; 1989, y anime "La Source", atelier pour la réinsertion d'enfants sous tutelle judiciaire.

Type(s) : Artiste

Technique(s) : Installationniste - Peintre

Présentation : En 1968 et en 1969, son abstraction est surréalisante* : des formes gonflées, déjà de grandes dimensions; il s'intéresse à Dubuffet*, Alechinsky*, Duchamp* et au De Chirico* tardif. Il fabrique lui même sa peinture, broyant les couleurs et les mélangeant à l'huile. En 1971, il entre en classicisme, il est l'un des initiateurs du post-modernisme*, tout en faisant de multiples métiers pour vivre ; il s'intéresse au théâtre en 1977 et 1978, pour lequel il conçoit des spectacles proches des interventions* et brosse des décors. Il est narratif, à cette époque, en ocre et rouille, mais déjà pointe la mythologie, Thanatos et le miroir, (1979). Ce classicisme il le programme dans ses titres qui comportent très souvent "Le classique" (on voit de quoi il s'agit) et "l'Indien". Il s'en explique dans une phrase que ne renierait pas l'antipsychiatrie : "Tout ce qui fait de l'incohérence d'un Indien un fou est classique. Tout ce qui fait de l'incohérence du fou un événement qui n'a plus rien à voir avec la folie, est indien." Le classicisme, c'est l'héritage vénitien ; il y a du Tintoret chez lui, du Greco dans ses élongations, du Titien dans sa palette ; il s'en réclame d'ailleurs : sa pâte, ses coloris et son graphisme les remémorent; l'inspiration aussi, avec sa thématique de la mythologie zodiacale, grecque, des textes chrétiens et surtout juifs., Orion le classique, Orion l'Indien, (1981-1982, MNAM) ou Extase de sainte Thérèse, (1983, FRAC Limousin). La palette est faite des bruns profonds, des violets sombres, des noirs, héritière aussi des naturalistes à la Courbet, et soeur des néo-expressionnistes*. Le graphisme n'est pas dépouillé d'afféterie, le pinceau circule en plumages et ondulations; sur des corps élongés, la microcéphalie relève d'un certain maniérisme, La Chambre rouge, (1983, SANG). Cette même année, il se voit commander une fresque de 100 m2 sur toile marouflée pour la chambre de Danielle Mitterrand à l'Elysée, c'est La Cinquième Saison. Les natures mortes de 1984 prennent le parti de relever l'arrière des tables comme Cézanne ou Matisse*, toujours dans les teintes goudronneuses, car ce coloriste n'est pas un peintre de la lumière, se contentant de disposer les couleurs les plus vives, blanc ou rouge, sur les plus sombres, pour obtenir le contraste qui sauve du nocturne. Dans la seconde moitié des années 1980, le dessin est superposé à la peinture de mêmes couleurs, de mêmes coups de brosse, mais le graphisme s'est fait graffiti*, griffé comme une sculpture filiforme de Giacometti*, superposé à l'huile, aux larges plages de violets et de roses luminescents par l'apport des blancs en contrepoint, Phleygas, Dante et Virgile, (1986, MNAM). Il renoue avec une petite série de 1981, Adhora, (MNAM). Quand il entreprend d'abstraire, c'est le tournant ; moins de volutes, moins de maniérisme, mais la rencontre de formes, Manto, (1986); la disposition du coup de pinceau, toujours en plumeau, se fait cubiste* pour les vêtements recouvrant les membres. En 1987 et 1988, en 1997 et 1998, il peint d'immenses toiles de plusieurs mètres carrés, sans support, peu figuratives, destinées à de vastes espaces comme le musée d'Art contemporain de Bordeaux, et baptisées indiennes..., Indienne, (1988, FNAC), trophée de plusieurs mètres de long pour un trumeau avec des moulures vieil or sur semis de losanges. La ligne est devenue acérée et le sujet traité de manière plus allusive que narrative. C'est l'évolution importante qu'illustre le mot de Cioran : "Le sens commence à dater. La toile dont l'intention est saisissable, nous ne la regardons pas longtemps [...]. Le règne de l'évidence tire à sa fin. Quelle vérité vaut la peindre d'être énoncée" . On voit dans ces toiles ce que l'on veut. D'autant qu'elles sont Sans titre. Tout au plus croit-on y lire un décor de théâtre. Sur un fond occulté, des formes se révèlent, fantomatiques, toute afféterie dépouillée. Un ballon survole un village Sisyphe tente de remonter un obstacle? Dans des lueurs d'incendie. Il lit les grands textes et en légende ses petits formats, Divine Comédie, : "La pensée ranime la fleur." C'est dire que l'évocation ne peut qu'être symbolique, imaginaire même, issue des textes fondateurs. La matière demeure et la manière. Et lorsqu'il crée des hybrides ou des monstres sans agressivité, il introduit une dimension fantastique, celle d'un illustrateur qui démarque sur toile les images conçues pour Don Quichotte, (1996-1998). Le monde des légende inconnues qu'il propose, La Prostituée, le palmier et le chien, (2000), est à base de destruction-recomposition des corps, avec la tête soumise à un traitement anamorphique, L'Antipode, (2000). S'inspirant de la Torah, (2005), il continue sa déstructuration des corps, articule les membres humains de manière fantaisiste dans une facture naturaliste, sombre, pointée de tache de couleur, le jaune d'une veste, le rouge d'une nappe, fichent sur un corps déformé le portrait d'amis artistes ou le sien, Alma, (2005), pseudo Nativité avec son visage et celui de Philippe Starck, requérant l'âne, et pas seulement celui de Balaam, (2005, MNAM), citant le psaume LVI dans Passage, (2005), suivi d'un exemplaire de la Septante et de Mein Kampf. Ces êtres humains aux membres en surnombre plantés arbitrairement sont une tentative d''exorcisme des secrets de famille subis durant l'enfance, notamment de l'antisémisitsme acrif de son père ; en témoigne cette toile située en Beauce, Le Sourcier, (2007), autoportrait en prestidigitateur créateur de peinture. Dérive, (2010) est emblématique et sans ambiguïté quand il (autoportrait) regarde un chimpanzé qui le fixe.
 Installationniste, il met un ensemble de toiles en condition, sous le titre Ellipses, une tente dans la quelle on peut se glisser, (2000) ou le jaillissement d'une gigantesque colonne à l'égyptienne portant huit toiles en corolles de palmier avec des légendes inversées qu'on ne peut lire qu'en les regardant reflétées dans des miroirs, (2003) ; on songe aux grotesques des chapiteaux romans. Il est aussi graveur, à l'eau-forte retouchée à la gouache, et sculpteur, mariant le fer et la pierre et pastichant des buste anciens.
Il travaille simultanément, à l'huile, une dizaine de toiles dont certaines mesurent 15 m. Hermétisme, ésotérisme ou allusion, mais peinture accomplie de classique qu'on ne peut appréhender qu'en ayant présent à l'esprit qu'elle baigne dans le judaïsme mâtiné de textes fondamentaux universels. En 2009, il estime avoir peint 600 tableaux,  datés par un code secret connu de lui seul.

Expositions : 1969, Galerie de location à Montparnasse ; 1982, 2001, Durand-Dessert, Paris (P) ; 1983, Leo Castelli, New York, et Hans Strellow, Düsseldorf, (P) ; 2006, 2011, Daniel Templon, Paris, (P) ; 2006, Fondation Mudima, Milan, (P).

Rétrospective : 1988, Centre Pompidou, Paris, Amsterdam, New York, Los Angeles et Tokyo 2002, Daniel Templon, Paris (P).

Lieux publics : 1989, Rideau de scène du théâtre du Châtelet, Paris ; Statues, cathédrale d'Évry ; 1996, Vitraux, église Notre-Dame de Talant, (Côte d'or) ; 2010, Portes en bronze, 23, ruer de l'Université, Paris ; il y renouvelle l'art floral.

Citation(s) : Il a dit : -
- Je parle très volontiers de technique, mais je ne parle pas d'esthétique. J'aime que les matériaux aient une mémoire. Sans cette mémoire, ils perdent leur sens et leur valeur. Quand une de mes toiles me paraît à la longue trop évidente, elle ne me convient plus et je la reprends. Il y faut un déséquilibre.
- J'ai aimé l'idée qu'on représente une chose et qu'on en raconte une autre.
- L'heure était à la rupture. (....) Je me tournais, vers l'originel plutôt que l'original.  (1971).
- J'ai fait un rêve . Une voix me disait  : il y a deux sortes d'individus dans la vie, les Classiques et les Indiens.   (1976).
- L'onde part de la matière pour arriver à la rétine et entre les deux , il y a une longueur d'onde.
- J'aime beaucoup ces histoires de repentirs parce que cela fonctionne comme un acte manqué du peintre. J'aime tellement ça que ,moi, je fais de faux repentirs.
- Toute la réflection se déroule dans mes carnets et tourne autour ds associations librtes. Comme dans le Talmud où il y az beaucoup de paragraphes qui sont liés par des jeux de mots ou par des associations d'assonances.
- Tout d'un coup (...) c'est le tableau qui prend , c'est le Golem, c'est à dire que c'est la créature qui prend le dessus sur le créateur.